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Le Palais rose et le vert parlementaire
Laura Anthony; Nick Ruderman

Que ce soit pour représenter la royauté, les « gens ordinaires » ou la vie et la fertilité, ou encore pour répondre aux exigences de la télévision ou aux préférences personnelles (ou partisanes), les raisons sont nombreuses d’adopter certains tons et teintes dans les assemblées législatives du Canada. Dans le présent article, les auteurs expliquent pourquoi le Palais rose de l’Ontario contient tant de vert parlementaire, et comment certaines autres assemblées se sont servies de la gamme des couleurs pour leur décor.

Le sol foulé par les parlementaires est parfois tout aussi intéressant que les mesures législatives sur leur bureau. Malgré la valeur symbolique et la grande visibilité des assemblées législatives à l’ère de la télédiffusion des délibérations, il est surprenant de constater qu’on a peu écrit au sujet des facteurs qui influencent le choix des couleurs utilisées pour décorer une enceinte, ou des raisons qui expliquent les changements (parfois radicaux) qui y sont apportés. Dans bien des provinces, même la couleur de la moquette des assemblées législatives a été modifiée de façon substantielle.

Le Palais rose (et vert)

La couleur de Queen’s Park a toujours été l’un de ses éléments caractéristiques. Bien connu par son surnom, le « Palais rose » réfère à la teinte de sa façade depuis 1893.

L’intérieur de la Chambre a été retouché à plusieurs reprises. En 1893, la salle était principalement verte et ses murs affichaient une série de fresques peintes à la main, qui ont ensuite été recouvertes pour des raisons acoustiques. De 1930 à 1940, on a rénové deux fois la Chambre. On a d’abord disposé les bureaux en forme de fer à cheval mais, dans les années 1940, on est revenu au style traditionnel qui consiste à diviser l’enceinte en deux côtés. Durant les années 1970, les sièges étaient bleus, et les tapis et rideaux, rouges.

Les changements les plus récents remontent à la fin des années 1990, quand on a décidé de restituer, dans la mesure du possible, le décor d’origine et de redonner à la salle sa couleur vert parlementaire. La restauration de l’Édifice de l’Assemblée législative a commencé en 1992, dans le cadre d’un projet quinquennal de réparation de la façade de l’édifice. Les travaux ultérieurs ont surtout porté sur l’intérieur de l’immeuble, y compris les lambris de bois, le plancher de terrazzo et les marches en ardoise de l’escalier d’honneur. C’est dans les années 1980 qu’on a songé à apporter ces changements pour la première fois, en raison notamment du transfert de la responsabilité de l’Assemblée législative du ministère des Services gouvernementaux au Bureau de l’Assemblée1.

Le vert parlementaire

Le vert parlementaire est depuis longtemps la couleur de la Chambre des communes à Westminster, bien que ses origines et son symbolisme fassent encore l’objet de débats. Au Moyen Âge, quand tous les hommes étaient tenus de s’adonner au tir à l’arc, le vert était la couleur des vêtements des archers. Le vert était associé aux campagnards et aux « simples » citoyens. C’était la couleur des pâturages et de la forêt, arborée par tous les habitants du village2. Le vert a peutêtre aussi été choisi parce qu’il représentait la vie et la fertilité pour les rois médiévaux, et qu’il symbolisait le service à l’État. Il se pourrait également qu’une raison plus banale explique le choix du vert : il coûtait moins cher que d’autres couleurs, comme le rouge3. Peu importe ses origines, le vert parlementaire est la couleur utilisée traditionnellement dans les Chambres basses de type britannique. Cependant, le rouge caractérise les Chambres hautes parce qu’il est associé depuis longtemps à la royauté.

L’utilisation de couleurs dans les assemblées législatives canadiennes

Même si le vert parlementaire occupe une place importante dans la plupart des assemblées législatives provinciales, il y a plusieurs exceptions notables. En Colombie-Britannique, du marbre d’une multitude de tons est présent dans la salle de l’Assemblée législative, d’où son surnom de « Palais de marbre ». Cependant, la moquette de couleur rouge y est prédominante4. Les assemblées législatives du Manitoba et du Québec, quant à elles, ont des moquettes bleues, et les murs de l’Assemblée nationale du Québec sont peints en bleu clair.

Certains changements apportés aux couleurs des assemblées législatives du Canada au fil des ans nous permettent de comprendre les motifs derrière de telles décisions en matière de design. Outre l’Ontario, au moins cinq autres assemblées législatives ont grandement modifié leur agencement de couleurs : l’Alberta, la ColombieBritannique, la NouvelleÉcosse, le Québec et la Saskatchewan.

Dans certains cas, notamment en NouvelleÉcosse et au Québec, des changements ont été apportés à la couleur des murs en raison, du moins en partie, de la décision de téléviser les procédures législatives. Selon les sources officielles, le remplacement des murs verts par des murs gris clair et bleu clair, respectivement, serait lié à de telles considérations5.

Des facteurs politiques entrent également en jeu dans la prise de décisions en matière de design des assemblées législatives. L’histoire de la Saskatchewan à cet égard est particulièrement intéressante. Les constructeurs avaient initialement proposé une moquette verte qui aurait été assortie au marbre vert que l’on trouve dans d’autres parties de l’enceinte parlementaire. Toutefois, le premier premier ministre de la province préférait le rouge, et c’est la couleur qui a été choisie. En 2011, le Bureau de régie interne de l’Assemblée législative a décidé de remplacer la moquette rouge par une moquette verte et a confié le choix de la teinte de vert à l’architecte, à la fois « pour éviter toute considération partisane » et pour respecter les « plans originaux des architectes, qui datent de 19086 ». Toutefois, dans bien des cas, les raisons officielles qui motivent un changement de couleur ne sont pas bien connues ou même consignées.

Conclusion

Le changement de couleur à l’Assemblée législative de l’Ontario a été très remarqué. Toutefois, il n’a pas été le seul parmi les assemblées législatives provinciales. Des impératifs d’ordre pratique, comme la décision de téléviser les procédures législatives ou les coûts, de même que des considérations d’ordre politique, peuvent influencer le choix de couleur. Le vert parlementaire est probablement la couleur la plus connue des Chambres basses; toutefois, les assemblées législatives provinciales du Canada ont souvent opté pour d’autres couleurs.

Notes

  1. Un protocole d’entente a transféré la responsabilité de l’Assemblée législative du ministère des Services gouvernementaux au Bureau de l’Assemblée, comme le recommandait le deuxième rapport de la Commission sur l’Assemblée législative de l’Ontario.
  2. « House of Commons Green », Information Office de la Chambre des communes, août 2010, p. 2.
  3. Voir J.M. Davies, « Red and Green », The Table v. 37 (1968), p. 33 à 40, et « House of Commons Green », Information Office de la Chambre des communes, août 2010, p. 2 à 7.
  4. Alan Hodgson, « La restauration du «Palais de marbre» de la ColombieBritannique», Revue parlementaire canadienne (été 1991).
  5. « Jusqu’en 1978, ses murs étaient verts, couleur probablement associée au peuple, comme ceux de la Chambre des communes du Parlement de Westminster. Elle a été repeinte en bleu pour les besoins de la télédiffusion des débats parlementaires. » (Assemblée nationale du Québec, Symboles : La salle de l’Assemblée nationale, 2013).
  6. Dan D’Autremont, « Inauguration du tapis vert à l’Assemblée législative de la Saskatchewan », Revue parlementaire canadienne (printemps 2013); CBC News, « Saskatchewan Legislature Replacing Red Carpet reen », le 2 avril 2012.

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Vol 41 no 3
2018






Dernière mise à jour : 2020-03-03