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David Kilgour

Frederick Haultain, Grant MacEwen, Western Producer Prairie Books 1985, 198 pages.

Tous ceux qui s'intéressent à cette région du Canada, qui est située au nord-ouest du Lake of the Woods, apprécieront cette passionnante biographie d'un extraordinaire homme d'État et juriste.

Haultain était issu d'une famille de Huguenots français qui avait vécu pendant des siècles en Grande-Bretagne avant d'émigrer au Canada. Son père siégea comme membre du Parti libéral George Brown, à l'Assemblée législative de Peterborough, région qui correspond aujourd'hui à l'Ontario. Haultain n'était encore que jeune avocat lorsqu'il se dirigea vers l'Ouest, en 1884, pour y ouvrir son étude en un lieu qui est maintenant connu sous le nom de Fort MacLeod (Alberta). Trois ans plus tard, il est élu à l'Assemblée non partisane, à Regina. Il se distingue rapidement comme orateur parlementaire et devient chef du mouvement d'émancipation des Territoires du Nord-Ouest. Il s'acquiert aussi une réputation d'incorruptible.

De 1892 à 1905, Haultain, qui préside le Comité exécutif de l'Assemblée, est effectivement premier ministre des Territoires du Nord-Ouest. Il règle une foule de problèmes administratifs et politiques que connaît alors cette vaste région, et notamment celui des écoles et de la langue, qui s'est acquis une importance nationale au Manitoba, et ceux de l'immigration et de la ruée vers l'or qui s'amorce au Yukon. C'est à la solution de ces questions et de bien d'autres encore qu'il travaillera chaque jour pendant 13 ans. Durant ce temps, il soutient victorieusement les assauts de deux membres ambitieux de l'Assemblée, dont le fougueux R.B. Bennett de Calgary.

Quand les circonstances lui semblent propices, Haultain entre en lutte contre un gouvernement fédéral intransigeant et réclame pour les provinces un statut intégral. Mais en toute justice, il faut dire qu'après le cuisant échec subi par les catholiques du Manitoba aux mains des législateurs provinciaux, la question des écoles séparées pour toute nouvelle province de l’Ouest était devenue très épineuse pour le premier ministre Wilfrid Laurier; de fait, le ministre de l'Intérieur, M. Clifford Sifton, remet sa démission quand Laurier, à juste titre d'ailleurs, opte finalement pour des systèmes d'écoles publiques et séparées, en Alberta et en Saskatchewan.

À Ottawa, les délais succèdent aux délais, et lorsque le directeur national du Parti conservateur, Robert Borden, s'engage enfin à accorder aux Territoires le plein statut provincial, Haultain est nommé président honoraire de l'Assemblée conservatrice des Territoires, lors de la célèbre assemblée de Moose Jaw, tenue en 1903. Cette nomination lui a peut-être coûté le poste de premier ministre de la province, voire même du Canada. Au lendemain de cette assemblée de Moose Jaw, on essaie sur lui toutes les ruses politiques possibles. Ottawa lui offre le poste de juge fédéral, non pas de bonne foi mais plutôt pour le discréditer politiquement en faisant courir plus tard le bruit qu'il a demandé une nomination. Laurier, finalement, lui promet le plein statut provincial pour l'Alberta et la Saskatchewan, mais seulement au moment où il annonce les élections nationales de 1904. Haultain, solide comme le Roc de Gibraltar, fait quand même la campagne pour les conservateurs de Borden.

Les libéraux sont réélus. Haultain se rend à Ottawa plaider la cause d'une grande province unique (dont la superficie est approximativement la même que celle de l'Ontario ou du Québec). Il essaie ainsi d'éviter la coûteuse duplication des mécanismes administratifs. Les Territoires, dit-il, sont depuis quelques années sous la direction d'un gouvernement et d'une assemblée législative qui assument la plupart des charges et exercent la majorité des principaux pouvoirs des gouvernements et des assemblées législatives provinciales. Nul n'a laissé entendre que l'appareil territorial soit impropre à atteindre les fins pour lesquelles il fut créé. La plupart des membres de l'Assemblée territoriale sont du même avis.

Les provinces de l'Alberta et de la Saskatchewan n'en sont pas moins créées dans leur forme actuelle et le mécontentement qu'éprouve Haultain à l'égard de la législation fédérale s'en trouve accru. En 1905, les lieutenants-gouverneurs des neuf provinces, désignés par Ottawa, choisissent les libéraux bien connus, Alexander Rutherford et Walter Scott, comme premiers ministres intérimaires de l'Alberta et de la Saskatchewan, respectivement. Frederick Haultain, le personnage politique le plus populaire de l'Ouest est à nouveau rejeté, du fait qu'il n'est pas invité à prendre la parole lors des importantes cérémonies d'inauguration qui ont lieu à Edmonton et à Regina.

Haultain a constamment maintenu que les partis politiques n'ont aucun rôle utile à jouer à l'Assemblée législative provinciale. Lors des premières élections de la Saskatchewan, il mène le parti en faveur des droits provinciaux contre les forces conjuguées des libéraux provinciaux et fédéraux. Il remporte quatre sièges et ses adversaires, 16. L'auteur explique ce résultat en faisant sienne l'opinion d'un rédacteur en chef traditionnellement libéral de ce temps qui l'attribua, en partie, à l'influence exercée par Ottawa sur les colons auxquels il a cédé des terres et sur les nouveaux arrivés dans la région, à l'appui du gouvernement provincial provisoire et à la malhonnêteté foncière de certains directeurs de scrutin. Les résultats ne changent guère lors des élections de 1908. Après avoir essuyé un échec décisif en 1912, Haultain remet sa démission comme chef de l'opposition et commence sa longue et distinguée carrière de juge en chef de la province de la Saskatchewan et de chancelier de l'Université de la Saskatchewan.

Selon l'auteur, Grant MacEwen, Haultain aurait très bien pu devenir premier ministre du Canada, au cours des années 1920, si Laurier l'avait nommé premier ministre provisoire de la Saskatchewan en 1905. Nommé à ce poste, il lui aurait été possible de devenir à Ottawa, le ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Borden en 1911. Et si son jugement et sa compétence avaient été reconnus dans l'exercice de ces fonctions il aurait pu, le moment venu, se porter candidat à la direction du Parti conservateur durant les années 1920, et probablement au poste de premier ministre. Ancien candidat libéral du Manitoba aux élections fédérales et, par la suite, député à l'Assemblée législative de l'Alberta, Grant MacEwen ne cache pas son admiration et son affection pour le sujet de son étude et ceci constitue le plus grand éloge que l'on puisse lui faire. Ceci explique en outre pourquoi tant de Canadiens des Prairies respectent l'intégrité et le savoir de MacEwen et le considèrent comme le doyen des lettres dans notre région.

David Kilgour,  député d'Edmonton-Strathcona


Canadian Parliamentary Review Cover
Vol 9 no 1
1986






Dernière mise à jour : 2019-10-21