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Arthur Goddard

Elections British Columbia: The Unique Guide For Provincial Election Participants et Spectators de T. Patrick Boyle Vancouver (C.B.) Lions Gate Press, 1982, 191 pages.

Ce livre vise trois objectifs ambitieux : faire une critique du processus démocratique tel qu'il fonctionne présentement en Colombie-Britannique, présenter une analyse détaillée des récentes élections dans la province et offrir une interprétation des tendances politiques. L'auteur a pour principal but de présenter au public des renseignements qui, en général, sont soit incomplets soit non publiés. Le lecteur sera placé sur un pied d'égalité avec les observateurs politiques, les commentateurs des médias, les hommes politiques et leurs conseillers. Ces trois objectifs sont sans doute valables, mais, malheureusement, seule l'analyse détaillée des résultats des élection est réussie.

Le livre débute avec une brève discussion d'un dilemme qui se pose à toutes les sociétés démocratiques : les hommes politiques élus sont-ils les « agents » ou les « délégués » du peuple? Sont-ils élus pour voir à la réalisation des souhaits du peuple ou ont-ils pour mandat de s'acquitter de leurs fonctions comme bien leur semble. Afin de démontrer que notre société n'est pas réellement démocratique, l'auteur cite des exemples bien connus tirés de la scène fédérale (notamment l'imposition de contrôles sur les prix et les salaires, l'abolition de la peine capitale, la « nationalisation » de l'industrie du pétrole, l'imposition d'une nouvelle constitution canadienne et d'une Charte des droits à la propriété), et de la scène provinciale, comme l'expropriation de la B.C. Electric Company et l'imposition des revenus de l'industrie minière de la province. Selon Boyle, nous sommes en réalité une démocratie représentative, ce qui signifie que nous sommes gouvernés par des politiciens qui ont tout simplement obtenu plus de votes que d'autres. Dans un tel système, les hommes politiques se dévouent avec une ferveur quasi religieuse à l'un ou l'autre des partis politiques dont le seul intérêt est la survie politique. Fait intéressant à signaler, les politiciens aussi bien que les partis politiques sont d'avis qu'ils ne peuvent survivre, politiquement, que s'ils réussissent à satisfaire les exigences des électeurs qui s'attendent à des mesures concrètes et à des résultats favorables immédiats. Boyle prétend que le problème tient au fait que personne ne joue le rôle d'un « homme d'État » qui présenterait des politiques d'intérêt public saines, avantageuses et applicables à long terme.

En guise de solution, l'auteur propose trois réformes électorales pour la Colombie-Britannique. Premièrement, il devrait y avoir une série d'élections primaires avec un deuxième tour de scrutin pour garantir la majorité plutôt que la pluralité des candidats élus à l'assemblée législative. Deuxièmement, la province devrait avoir une commission des limites électorales (modelée sur les commissions fédérales) qui rajusterait de temps à autres les limites électorales sans subir les influences et les pressions politiques. Troisièmement, ceux qui briguent les suffrages devraient satisfaire à des obligations de résidence. Ces réformes, dit l'auteur, amélioreraient la qualité et le comportement des hommes politiques élus à une charge publique pendant la durée de leur mandat.

Le principal défaut de cette interprétation du système politique tient au fait qu'elle perpétue un mythe déjà trop répandu, selon lequel les gouvernements sont réellement élus. Le simple fait que les gouvernements ne sont pas élus, mais responsables envers leur parlement, est mal compris. Il est fort probable que sa connaissance des normes et des attentes politiques du système américain ait porté Boyle, à voir dans notre système parlementaire de gouvernement, un régime représentatif.

Cette fausse interprétation du fonctionnement réel de notre gouvernement lui permet d'en critiquer les politiques parce qu'elles ne sont pas sensibles au moindre désir de l'électorat. L'auteur, désireux de bien faire comprendre à ses lecteurs le fonctionnement de leur système politique, les a malheureusement induits en erreur quant au but et à la fonction de ce système.

Outre cette erreur fondamentale, il n'est nulle part démontré dans le livre comment les réformes que propose l'auteur amélioreraient la qualité et le comportement de ceux qui seraient élus à l'assemblée législative. Que signifie « qualité »? Pourquoi ne pas établir une comparaison entre le système de la majorité au premier tour et celui de la pluralité ou le parachutage (qui se produit rarement de nos jours) et les députés résidents, s'il croit réellement que l'un de ces systèmes assurerait une meilleure qualité ou fonctionnerait mieux que l'autre? On peut bien démontrer que chacune des réformes proposées a des mérites, mais elles ne sont pas nouvelles et ne sont, au mieux, que pur bricolage électoral. On ne saurait les considérer importantes que si l'on pouvait démontrer qu'elles permettraient de modifier à l'assemblée législative la force des partis sur laquelle se fonde le pouvoir du gouvernement. Encore une fois, l'auteur ne réussit pas à prouver ces points puisque, au départ, il a mal compris comment fonctionne le système.

Les autres chapitres du livre sont consacrés à l'analyse détaillée des élections provinciales depuis 1966 et aux tendances qui pourraient se dessiner à l'avenir. Le deuxième chapitre retrace la baisse graduelle de l'appui consenti aux partis Libéral et Progressiste-conservateur et le resserrement de l'écart qui existe entre le parti du Crédit social et le parti Néo-démocrate. Cette thèse est illustrée grâce au calcul d'une donnée appelée le « pourcentage de revirement d'opinion ». En termes simples, il s'agit du pourcentage minimal de voix nécessaire pour modifier le résultat du scrutin dans une circonscription électorale.

Ce calcul effectué pour chaque circonscription remonte à 1966 et comporte des rajustements apportés en fonction des modifications survenues depuis dans les limites électorales. Cet énorme travail (comme en font foi les nombreux tableaux et graphiques ainsi que les 24 pages de tableaux en appendice), a permis de conclure que le Crédit social perd son appui au profit du N.P.D. et, selon les résultats de l'élection de 1979, que 15 de ses 31 sièges pourraient changer de parti lors de la prochaine élection. Seuls 11 des 26 sièges que détient Ie N.P. D. sont considérés aussi vulnérables. Étant donné la majorité actuelle de cinq sièges que détient le Crédit social, et en supposant que les sièges faisant l'objet d'une lutte très serrée seront ceux qui changeront de parti, on peut facilement en conclure que la lutte sera très serrée lors de la prochaine élection. Malheureusement, ce concept ne tient pas compte des questions d'ordre politique, des candidats, etc., qui ont une incidence non négligeable sur le résultat de l'élection.

L'auteur, par ailleurs, enlève à l'analyse beaucoup de crédibilité en affirmant que de faibles variations dans la participation électorale peuvent entraîner un changement de gouvernement, étant donné qu'aux élections de 1969, 1972, 1975 et 1979 (cette participation a très peu varié, 69 pour cent en moyenne), et que les partis se sont remplacés deux fois au pouvoir. Il est insensé de conclure qu'une faible variation dans la participation électorale (moins de 1 pour cent) ait pu influer sur le sort d'un parti au cours des dernières années. Cela est particulièrement vrai, à moins que l'on puisse démontrer que le degré de participation de l'électoral influe sur la répartition des sièges que chaque parti a pu remporter grâce à un revirement de l'opinion ou grâce à une faible majorité. Un grand nombre des conclusions tirées dans ce chapitre ne sont que des hypothèses fondées sur la foi et l'instinct et n'ajoutent rien à la valeur du livre.

Le chapitre trois énumère les circonscriptions électorales provinciales, nomme les députés et le parti qui détiennent chaque siège, énumère les membres du cabinet provincial et leur portefeuille (à compter de 1975) et attribue aux députés de l'opposition des domaines particuliers de compétence en tant que critiques du gouvernement. On y retrouve aussi trois excellentes cartes électorales officielles de la province (l'intérieur, le grand Vancouver et Victoria). Le chapitre quatre donne les résultats détaillés de l'élection dans chaque circonscription depuis 1966 ainsi qu'un bref aperçu des tendances démographiques, de la population, des frontières  océanographiques, du profil professionnel, etc. Étant donné les pourcentages de revirement de l'opinion des électeurs, l'auteur conclut que Atlin, Surrey, Skeena, Dewdney, Burnaby-Willingdon, Kamloops, Shusway-Revelstoke et Colombia River sont les circonscriptions qu'il faudra surveiller lors de la prochaine élection.

Dans l'ensemble, le livre débute par une discussion théorique mal étayée que l'auteur abandonne entièrement au profit des hypothèses sur les tendances ou d'une simple présentation de données et de faits. Ceux-ci peuvent intéresser le profane tout autant que l'observateur politique averti en Colombie-Britannique, mais ce n'est pas grâce à ce livre que le lecteur réussira à mieux comprendre comment fonctionne le système.

Arthur Goddard
Département de science politique
Université Simon Fraser
Burnaby (C.-B.)


Canadian Parliamentary Review Cover
Vol 6 no 1
1983






Dernière mise à jour : 2019-07-15