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L'hon
Michael Chong, député
Beaucoup de parlementaires et de personnes qui étudient le Parlement conviennent
que la période des questions est devenue une caricature de ce qu'elle est
censée être. Pourtant, depuis des années, il n'y a pas eu de tentative
sérieuse pour réexaminer cette partie fondamentale et très connue de la
journée parlementaire. Dans le présent article, l'auteur offre des idées
précises sur ce qui ne fonctionne pas bien dans la période des questions,
et il fournit des suggestions sur les façons de l'améliorer. Il examine
également les façons de rendre meilleur le déroulement des débats à la
Chambre des communes.
À mon opinion, la période des questions et les débats deviennent de moins
en moins pertinents à la Chambre des communes. Par conséquent, la Chambre
devient de moins en moins pertinente, car ses deux éléments essentiels
sont la période des questions et les débats. Pourquoi devrions-nous nous
soucier de leur pertinence? Je crois qu'il y a deux très bonnes raisons
pour lesquelles nous devrions nous inquiéter,
La première raison est que la période des questions et les débats peuvent
influer sur la politique publique. Si l'on examine la vaste histoire canadienne,
certains des grands débats de l'époque ont influencé de façon considérable
les résultats des politiques publiques dans le pays. La pertinence de moins
en moins grande des débats et de la période des questions a des conséquences
sur les politiques publiques qui touchent la gouvernance quotidienne du
Canada.
La deuxième raison pour laquelle cette situation devrait nous préoccuper
concerne la doctrine de la séparation des pouvoirs de Montesquieu. Si nous
croyons essentiel que l'assemblée législative oblige l'exécutif à rendre
des comptes pour le bon fonctionnement de la démocratie, la période des
questions et les débats constituent des outils importants pour l'atteinte
de cet objectif. Voilà pourquoi les parlementaires et d'autres intervenants
doivent tenir compte de ce qui s'est produit et trouver des idées et des
solutions pour améliorer la période des questions et les débats.
Pourquoi la période des questions n'est pas pertinente
À mon avis, la période des questions n'est pas pertinente pour trois raisons :
elle est rhétorique; elle est incompréhensible et elle n'incite pas les
femmes à se joindre à la vie publique.
Des questions rhétoriques de 35 secondes produisent des réponses rhétoriques
de 35 secondes, ce qui ne favorise habituellement pas la compréhension d'un
enjeu donné.
La période des questions est incompréhensible. De nombreuses questions
et réponses le sont, car on ne peut littéralement pas s'entendre parler
à la Chambre des communes. Le niveau de bruit et les cris sont souvent
si forts qu'on ne peut pas entendre ce qui se passe, même lorsqu'on utilise
les écouteurs et qu'on met le volume au maximum. On voit souvent les ministres
se pencher sur leurs écouteurs et tenter de déterminer la question qui
a été posée.
C'est très malheureux. De tous les endroits au pays, la Chambre devrait
être le lieu de débats raisonnés. Elle ressemble plutôt davantage à un
stade romain où les gladiateurs versent du sang et se battent pour l'amour
du public. Si l'on croit que le Canada fera face à de très grands défis
au cours des décennies à venir, ces défis ne pourront être relevés qu'à
l'aide de débats raisonnés. Si nous y faisons face en laissant nos sentiments
nous dominer, nous aurons de très gros problèmes.
La période des questions n'incite pas les femmes à se joindre à la vie
publique. C'est une vraie foire d'empoigne bourrée de testostérone et enflammée
de colère qui se caractérise par un langage corporel agressif et par ceux
qui peuvent crier le plus fort. Cet état de choses n'encourage pas les
femmes à se porter candidates à une charge publique. Combien de femmes
voudraient participer à ce combat de testostérone qui se déroule tous les
jours entre 14 h 15 et 15 h? C'est un problème très important puisque le nombre
de femmes au Parlement a baissé au cours des dernières années. À mon avis,
l'un des éléments très importants qui est requis pour de bonnes politiques
est la participation des femmes dans la vie publique.
Ce que l'on peut faire
Je crois que l'on peut faire trois choses pour améliorer la période des
questions. Premièrement, nous devons prolonger le temps permis pour poser
des questions et y répondre. La règle actuelle prévoit 35 secondes dans
les deux cas. Il est impossible de poser une question intelligente ou d'y
répondre intelligemment dans ce délai. Si l'on prolonge celui-ci à, disons,
une (ou deux) minutes, on aurait des questions significatives. Si quelqu'un
pose une question de 20 secondes avec désinvolture et qu'une réponse exhaustive
de deux minutes est donnée, l'auteur de la question aurait l'air d'exagérer.
Et l'inverse est vrai. Si quelqu'un énonce une question sérieuse de deux minutes
et qu'on obtient une réponse désinvolte de 20 secondes, celle-ci aura l'air
arrogante.
Deuxièmement, il faut faire respecter le décorum plus rigoureusement. Aux
termes du Règlement, le président dispose du pouvoir de l'imposer à la
Chambre.
Si l'on tient compte de l'histoire de la démocratie parlementaire, la Chambre
des communes actuelle doit regorger d'orateurs exceptionnels, car pratiquement
toutes les questions et réponses sont suivies d'applaudissements et d'ovations.
On pourrait croire que chaque question et chaque réponse proviennent d'un
des plus grands orateurs de l'histoire! On en est au point que de nombreux
députés applaudissent automatiquement après chaque question et chaque réponse,
souvent sans avoir aucune idée ni de l'une ni de l'autre.
Troisièmement, on devrait instaurer, pour la présence à la période des
questions, un calendrier tournant, si ce n'est pour tous les ministres,
du moins pour le premier ministre. En tant que ministre, j'ai trouvé très
dérangeante la routine quotidienne de la période des questions, qui comportait
une heure ou plus de préparation, une heure de participation, puis une
heure d'analyse. Ces trois heures prises dans l'agenda d'un ministre cinq
jours par semaine détournent du temps qui devrait être consacré à la tâche
importante de l'administration d'un portefeuille. Ce n'est pas du temps
productif, car, plus souvent qu'autrement, de nombreux ministres ne répondent
à aucune question durant cette période.
L'un des modèles qu'on devrait examiner est la période des questions à
Westminster. Là, le premier ministre paraît une fois par semaine, le mercredi,
pour répondre à une série complète de questions. Ainsi, il dispose de plus
de temps pour se consacrer aux fonctions exécutives de l'État les lundis,
mardis, jeudis et vendredis, tout en étant quand même en mesure de rendre
des comptes les mercredis. On pourrait établir un calendrier tournant semblable
pour d'autres ministres, qui, peut-être, auraient alors à être présents
deux fois par semaine.
Discours et débats
Laissez-moi conclure en faisant quelques observations sur les discours
lors des débats. De nos jours, presque tous les discours destinés à ceux-ci
sont rédigés dans les cabinets des chefs de parti ou des ministres. Les
députés n'ont souvent pas leur mot à dire dans le contenu de ces discours.
Littéralement, ils lisent les mots de quelqu'un d'autre pour qu'ils paraissent
dans le hansard. Ils accomplissent une tâche de transcripteur, non de député.
De plus, l'obligation de respecter la discipline de parti lors de la plupart
des votes signifie que l'issue des débats est pratiquement réglée avant
même leur commencement. Par conséquent, les débats deviennent de moins
en moins pertinents. Si le vote est soumis aux directives des partis de
tous les côtés de la Chambre, pourquoi les députés devraient-ils se soucier
des propos de leurs collègues sur un enjeu donné? Si tous les députés savent
comment ils vont voter avant le commencement des débats, il n'y a pas de
véritables raisons de les écouter ni d'y participer.
Alors, que peut-on faire en ce qui concerne les débats? Les discours devraient
être improvisés. Là encore, il y a déjà une règle qui interdit leur lecture
durant les débats. Elle doit être appliquée. En outre, les députés ont
besoin d'une plus grande marge de manSuvre lorsqu'ils expriment leurs opinions
et qu'ils déterminent le résultat des votes. Il est clair que les membres
du Cabinet doivent, pour des raisons de solidarité ministérielle, appuyer
la législation gouvernementale, mais je crois que les autres députés devraient
disposer d'une plus grande marge de manSuvre pour exprimer librement leurs
points de vue et pour voter comme ils le souhaitent sur un plus grand nombre
de questions.
Conclusion
Finalement, dans le contexte d'une institution imprégnée de tant d'histoire
et de tradition, il est important de se rendre compte que les pratiques
antérieures ne correspondent pas nécessairement au potentiel du Parlement.
À propos de la réforme parlementaire, on a souvent dit « C'est de cette
façon que les choses ont toujours été » ou « La situation était pire au XIXe siècle ».
Même si elles sont vraies, ces déclarations ne justifient pas l'état actuel
du Parlement canadien. Sinon, les femmes ne siégeraient toujours pas à
la Chambre des communes. Je crois que trop de gens assimilent les traditions
à une prescription et croient à tort qu'elles représentent la seule voie
à suivre. Je crois dans les traditions. Je pense qu'elles sont très importantes,
mais elles ne sont pas les seules choses qui comptent.
Le philosophe canadien George Grant a déjà dit qu'il n'était pas suffisant
pour un pays d'avoir seulement une mémoire et des racines dans le passé.
Il doit également se tourner intentionnellement vers l'avenir. La mémoire,
les traditions et les racines dans le passé ne suffisent pas en soi. Nous
ne pouvons pas seulement dépendre des traditions. Le Parlement doit évoluer
comme il l'a toujours fait.
Le Parlement est une institution vivante dont la permanence n'est pas garantie.
Il n'est pas indestructible. Nous devons faire attention de ne pas l'ignorer
et de ne pas faire fi de ses problèmes, car, un jour, le barrage du manque
de pertinence et des frustrations qu'éprouvent les Canadiens au sujet de
cette institution risque d'éclater. On ne peut que supposer ce que serait
l'issue alors.
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