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Les États-Unis et le Canada partagent non seulement une longue frontière,
mais leur histoire, leurs économies, leurs sociétés et leurs intérêts sont
intimement liés. Ils entretiennent des relations dont leurs ambassadeurs
respectifs, David H. Wilkins et Michael Wilson, sont les principales chevilles
ouvrières. Les deux ont été interviewés séparément en janvier 2008. Leurs
réflexions sur les différentes questions d'actualité ont été réunies en
un seul et même compte rendu d'entrevue.
Quelles expériences vous ont le mieux préparé à exercer vos fonctions actuelles?
L'ambassadeur Wilkins : J'ai siégé à la Chambre des représentants de la Caroline
du Sud pendant 25 ans à titre de membre élu, dont 11 ans à titre de président
de la Chambre. J'ai été candidat 13 fois et je sais ce que c'est que de
faire campagne pour recueillir des suffrages. Je sais aussi ce que c'est
que de gérer un budget, puisque j'ai été responsable du budget de plusieurs
millions de dollars de la Chambre et du processus d'adoption, par celle-ci,
du budget de plusieurs milliards de dollars qui vise à pourvoir aux besoins
de l'État. Parallèlement à ces fonctions, j'ai dirigé pendant plus de 30 ans
un cabinet d'avocats très prospère que mon père a fondé. À ce titre, il
m'incombait de gérer les affaires du cabinet et les employés et j'étais
l'ultime responsable de la santé financière du cabinet et du succès de
nos clients.
Cette expérience m'a énormément aidé à devenir ambassadeur des États-Unis
au Canada, la diplomatie étant, au bout du compte, l'élément essentiel
à l'établissement de rapports harmonieux. Pendant des décennies à la Chambre,
j'ai pu parfaire mes compétences en établissant des alliances stratégiques
et en négociant avec les membres des deux camps l'adoption de mesures législatives
importantes pour notre État et nos électeurs. J'ai aussi, très souvent,
eu à traiter avec les médias et cette expérience m'est aujourd'hui extrêmement
précieuse dans ce poste crucial.
L'ambassadeur Wilson : Je suis né à Toronto et j'y ai aussi fait mes études.
Après l'obtention de mon diplôme, j'ai travaillé pendant deux ans dans
le secteur bancaire, à Londres et à New York. J'ai ensuite été à l'emploi
d'une banque d'investissement de Toronto avant d'être élu à la Chambre
des communes à titre de député progressiste-conservateur lors de l'élection
générale de 1979. J'ai été ministre d'État au Commerce international au
sein du gouvernement minoritaire de Joe Clark, qui s'est maintenu au pouvoir
pendant neuf mois. J'ai aussi été candidat lors de la course à la direction
du Parti progressiste-conservateur en 1983. Lorsque mon parti a pris le
pouvoir à l'élection de 1984, je suis devenu ministre des Finances.
Après sept ans aux Finances, je suis devenu ministre de l'Industrie, des
Sciences et de la Technologie et ministre du Commerce international. À
ce titre, j'ai participé à la négociation de l'Accord de libre-échange
nord-américain (ALENA), qui demeure l'une des principales réalisations
de ma carrière. En 1993, lorsque j'ai décidé de ne pas solliciter de nouveau
mandat, je suis retourné à Bay Street pour diriger mon propre cabinet de
consultation et de services financiers. Je suis retourné à la Banque Royale
du Canada et suis devenu président-directeur général de RT Capital avant
que cette entreprise ne soit vendue à UBS AG, après quoi j'ai accédé à la
présidence d'UBS Canada. Au début de 2006, le premier ministre Harper m'a
appelé pour me proposer d'exercer de nouveau une charge publique à titre
de 22e ambassadeur du Canada aux États-Unis.
Dans l'exercice de mes fonctions de ministre, j'ai souvent eu à me rendre
aux É.-U. par affaire. À ce titre, je pense que mon expérience antérieure
ne pouvait pas mieux me préparer à mes fonctions actuelles. En raison de
sa taille et de son importance, l'ambassade du Canada à Washington fonctionne,
à bien des égards, de façon très semblable à un ministère. À titre d'ambassadeur,
je participe à tous les aspects de la gestion, qu'il s'agisse d'élaborer
des politiques ou de gérer des ressources humaines. À titre de ministre,
bien des dossiers que j'ai pilotés mettaient en cause les États-Unis.
Depuis votre accession au poste d'ambassadeur, quelles sont les principales
réalisations au chapitre des relations canado-américaines?
L'ambassadeur Wilkins : Lorsque je suis arrivé au Canada à l'été 2005, je
me suis promis de donner un nouveau ton aux relations entre les États-Unis
et le Canada, en mettant l'accent sur les aspects positifs et en m'efforçant
de resserrer les liens déjà solides entre nos deux grandes démocraties.
Comme je l'ai dit aux gens que j'ai eu l'occasion de rencontrer lors de
mes déplacements dans ce grand pays, pour une raison ou pour une autre,
les Canadiens et les Américains ont tendance à s'attarder aux « côtés
moins gratifiants » de notre partenariat plutôt qu'à ses nombreux aspects
positifs et à toujours chercher des sujets de controverse alors qu'il y
en a si peu. Étant optimiste de nature, il me semble que l'avenir ne peut
être que prometteur pour deux pays comme les nôtres, qui peuvent s'enorgueillir
d'entretenir les relations les meilleures, les plus pacifiques et les plus
productives du monde. Au cours des deux dernières années, je pense qu'un
vent d'optimisme a gagné les plus hautes sphères de nos gouvernements respectifs
et nous le devons, en grande partie, au président Bush et au premier ministre Harper.
Les deux sont intervenus activement dans le dossier du bois d'Suvre lors
du sommet des chefs d'État de Cancun, au Mexique, et ont ainsi pavé la
voie au règlement rapide de cette question très litigieuse. Le dossier
de l'ESB (vache folle) a, lui aussi, été mené de main de maître et nos
frontières sont maintenant ouvertes au bSuf canadien. Toujours dans ce
même esprit de collaboration, nous allons poursuivre, cette année, les
négociations sur la « question du passeport », dans le cadre de l'Initiative
relative aux voyages dans l'hémisphère occidental (IVHO). Nous avons déjà
fait écho aux préoccupations exprimées par le Canada en reportant à juin
2009 l'entrée en vigueur des nouvelles exigences en matière de passeport
pour les voyageurs qui se déplacent par voie terrestre ou maritime et en
y soustrayant les enfants de moins de 16 ans.
De concert avec différents États, nous essayons de concevoir un permis
de conduire amélioré qui pourra être présenté aux postes frontaliers en
lieu et place du passeport. Nous comptons poursuivre notre collaboration
avec le Canada et continuer à prêter l'oreille aux préoccupations exprimées
par les Canadiens à toutes les étapes du processus de mise en Suvre, le
long de notre frontière nord, des dispositions adoptées par le Congrès
en ce qui concerne l'IVHO.
L'ambassadeur Wilson : L'accord conclu avec les États-Unis en avril 2006 pour
mettre fin à notre différend de longue date au sujet du bois d'Suvre compte
parmi nos principales réalisations. Il énonce les modalités d'un règlement
juste et durable et respecte les objectifs et les intérêts du Canada. Sa
conclusion ouvre aussi la voie à l'établissement de relations commerciales
bilatérales plus étroites, dont dépendent l'emploi et la prospérité de
tant de Canadiens. De même, l'accord est un premier pas vers l'établissement
d'une collaboration plus étroite entre nos deux pays dans l'adoption d'autres
mesures pour accroître la compétitivité de l'Amérique du Nord à l'échelle
mondiale.
Plus récemment, c'est la gestion de la frontière canado-américaine, notamment
les questions de sécurité, de commerce et de tourisme, qui a monopolisé
l'essentiel de mon temps. L'Initiative relative aux voyages dans l'hémisphère
occidental (IVHO) constitue l'enjeu le plus urgent à l'heure actuelle.
Même s'il reste encore beaucoup de questions à régler, le dossier a quand
même beaucoup progressé, puisque les Américains, en particulier les membres
du Congrès, ont pris conscience des dangers que comporte la mise en Suvre
de ces nouvelles exigences avant que les voyageurs de part et d'autre de
la frontière aient pu obtenir des documents conformes.
En 2008, j'espère que nous continuerons de régler les problèmes de façon
proactive avant qu'ils ne deviennent de réelles épines au pied de nos gouvernements
respectifs. L'ex-secrétaire d'État George Shultz avait l'habitude de comparer
la diplomatie au « jardinage », au sens où il faut faire preuve de vigilance
et régler au fur et à mesure les petits problèmes qui surgissent entre
des partenaires et des amis. En tant qu'ambassadeur, je me fais donc un
point d'honneur de veiller à garder les canaux de communication grands
ouverts entre tous les partenaires qui contribuent au maintien de relations
harmonieuses et à créer un climat propice à l'instauration d'une bonne
compréhension mutuelle de nos points de vue respectifs dans les principaux
dossiers.
Quels aspects des relations entre le Canada et les États-Unis monopolisent
le plus de temps et d'énergie?
L'ambassadeur Wilkins : Nous avons coutume de dire à la Mission américaine
à Ottawa que la frontière constitue l'enjeu primordial. Pratiquement toutes
nos interventions en tant que mission diplomatique ont trait aux questions
frontalières, qu'il s'agisse de faciliter les échanges et les déplacements
ou de protéger nos frontières pour que les biens et les personnes puissent
circuler en toute sécurité. Lorsqu'on entretient la relation commerciale
la meilleure, la plus pacifique et la plus productive du monde (représentant
l'équivalent de 1,5 milliard de dollars par jour), on ne doit rien prendre
pour acquis. Chaque jour, nous travaillons très fort, non seulement pour
préserver cette relation qui procure un moyen de subsistance à des familles
de part et d'autre de la frontière, mais aussi pour l'enrichir. Dans la
foulée des événements du 11 septembre, nous avons aussi à cSur la sécurité
de chaque citoyen qu'il soit Canadien ou non qui voyage aux États-Unis.
Cela suppose la mise en Suvre de mesures de sécurité intelligentes à nos
frontières et l'élaboration, en collaboration avec nos voisins, de mesures
proactives pour prévenir les activités terroristes ainsi que d'autres incidents
et accidents.
L'ambassadeur Wilson : Les liens entre le Canada et les États-Unis sont
profonds, diversifiés et complexes. Notre coopération mutuelle est régie
par quelque 300 accords et traités. Nos deux pays ont une bonne compréhension
mutuelle de leurs politiques respectives dans une multitude de dossiers.
Bien que nous ne soyons pas toujours en accord, nos deux pays ont à cSur
de préserver les partenariats essentiels qui servent si bien nos intérêts
respectifs.
Pour moi, il est primordial de maintenir la sécurité à la frontière sans
mettre en péril le commerce et le tourisme entre le Canada et les États-Unis.
Le volume des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis est
énorme. Le volume des biens transigés entre nos deux pays représente l'équivalent
de plus de 1 million de dollars la minute. Au-delà de 400 000 personnes en
moyenne traversent la frontière chaque jour. Une frontière efficace et
intelligente est donc essentielle à nos industries fortement intégrées.
Nous devons faire en sorte que la frontière constitue une porte d'entrée
à la prospérité et non un obstacle à notre compétitivité, en raison de la
lourdeur des formalités à respecter aux postes frontaliers. Cela n'empêche
pas nos deux pays de s'inquiéter à bon droit de la sécurité frontalière.
Des Canadiens et des Américains ont déjà affirmé qu'ils partageaient « la
plus longue frontière non défendue du monde ». Ils devraient maintenant
plutôt parler de « la plus longue frontière sécurisée du monde ». Certains
problèmes subsistent malgré tout, et je dois dire avec regret que la frontière
est de plus en plus difficile à franchir.
En ce qui concerne l'IVHO et les nouvelles exigences des États-Unis relativement
aux documents de voyage que doivent produire les Canadiens qui se présentent
à la frontière ou les Américains qui rentrent aux États-Unis, le trop grand
empressement à vouloir mettre en Suvre les nouvelles mesures pourrait dépasser
notre capacité de délivrer des documents de voyage sûrs. Plusieurs provinces
et États notamment la Colombie-Britannique et l'État de Washington ont
entrepris de collaborer pour délivrer des permis de conduire améliorés
pouvant servir de documents de voyage en remplacement du passeport. Toutefois,
les initiatives les plus avancées en ce sens en sont encore au stade de
projets pilotes.
Le Canada souscrit aux objectifs de sécurité à l'origine des exigences
imposées à l'égard des documents devant servir à attester l'identité et
la nationalité d'une personne. Je trouve cependant essentiel d'éviter un
engorgement à la frontière pendant la période cruciale de mise en Suvre
de l'IVHO.
Après avoir abordé la question de la sécurité à la frontière, je veux maintenant
me pencher sur celle de la sécurité internationale. L'ambassade contribue
aussi pour beaucoup à faire en sorte que l'engagement du Canada en Afghanistan
soit bien compris. Nous nous efforçons de mettre en relief notre contribution
auprès du Capitole, des groupes de réflexion et des médias afin de démontrer
le rôle réel, tangible et important joué par le Canada dans les dossiers
où la sécurité internationale est en cause. Ce travail nous amène aussi
à intervenir régulièrement dans le processus d'élaboration des politiques
par exemple, tout au long du débat en cours sur l'Irak, nous avons veillé
au grain pour que les décisions prises à propos de ce pays ne remettent
pas en question l'engagement des États-Unis envers l'Afghanistan.
Vous attendez-vous à ce que l'intégration des marchés américain et canadien
devienne encore plus étroite qu'elle ne l'est actuellement dans le contexte
de l'ALENA?
L'ambassadeur Wilkins : Le monde devient de plus en plus petit parce qu'il
en coûte de moins en moins cher pour se déplacer et communiquer à distance.
Alors, forcément, l'intégration de nos deux marchés deviendra plus étroite,
tout comme elle le devient aussi avec le reste du monde.
La question semble plutôt être de savoir si, par principe, nous pourrions
choisir d'aller plus loin encore. Il suffit d'examiner notre histoire commune
pour se rendre compte que nous avons eu tendance à formuler ces choix de
manière positive par le passé. Il y a moins de 200 ans, nos deux pays se
battaient l'un contre l'autre. Jusqu'au siècle dernier environ, le principal
partenaire économique du Canada n'était pas les États-Unis mais bien la
Grande-Bretagne. Il y a moins de 70 ans, tout juste avant la Seconde Guerre
mondiale, nous n'étions pas des alliés ni non plus des parties à un quelconque
accord collectif en matière de sécurité. La libéralisation des échanges
entre nos deux pays dans le secteur de l'automobile remonte à moins de
45 ans.
Nous ne nous demandons plus si ces décisions passées de resserrer nos liens
étaient bonnes ou mauvaises. Au contraire, la plupart conviennent aujourd'hui
que ces décisions ont été extrêmement profitables à nos économies respectives,
à l'instar de l'ALENA. Je consacre l'essentiel de mon temps à essayer de
renforcer les liens entre nos deux grands pays. À ce titre, je suis appelé
à traiter avec des Canadiens et des Américains résolus à améliorer nos
relations commerciales et à obtenir la levée des restrictions superflues
et des tracasseries administratives qui nuisent à notre efficience et,
par le fait même, à notre bilan. Nous avons à cSur de faciliter la circulation
des biens et des services d'un côté à l'autre de la frontière en faisant
en sorte de créer un environnement sûr et productif qui profite à nos deux
pays. Cela étant dit, il ne faut pas sauter trop vite aux conclusions et
croire que le gouvernement américain ou le gouvernement canadien cherche
à s'engager dans une forme de partenariat semblable à celui de l'Union
européenne.
Les États-Unis et le Canada sont deux démocraties distinctes qui chérissent
et protègent leur souveraineté. Nous allons demeurer deux pays distincts
qui ont la chance d'entretenir un partenariat prospère que bonifient des
initiatives comme l'ALENA mais qui demeurent néanmoins des pays distincts
et souverains.
L'ambassadeur Wilson : Il n'y a aucun doute que l'ALENA a été le principal
facteur à l'origine de l'expansion des échanges bilatéraux entre le Canada,
les États-Unis et le Mexique. Je ne dis pas cela parce que j'ai signé l'ALENA
au nom du Canada dans une vie antérieure, mais bien parce que, objectivement,
l'Accord a connu un remarquable succès. Au cours des 13 années qui ont suivi
son entrée en vigueur, les échanges commerciaux entre les partenaires ont
presque triplé. Les investissements ont aussi progressé de façon marquée.
Le commerce est synonyme d'emplois dans les trois pays.
De surcroît, la libéralisation des échanges commerciaux a pour effet d'accroître
le nombre d'industries, de sociétés et de fournisseurs qui font des affaires
de part et d'autre de la frontière. L'assemblage d'un seul véhicule, par
exemple, peut nécessiter sept mouvements frontaliers dans la chaîne d'approvisionnement
d'une entreprise nord-américaine et c'est précisément cela que l'ALENA
a rendu possible. Dans bien des secteurs, une économie nord-américaine
intégrée s'est développée grâce aux chaînes d'approvisionnement nord-américaines.
Les Canadiens, les Américains et les Mexicains ne sont pas tant en concurrence
les uns contre les autres; ils cherchent plutôt à unir leurs forces en
tant que partenaires nord-américains pour faire face à la concurrence mondiale.
Je crois que cette tendance va se poursuivre et s'accentuer dans les prochaines
années.
Comment faites-vous pour être sûr de bien maîtriser chacun des aspects
de ces relations diversifiées et complexes?
L'ambassadeur Wilkins : Je pense que, pour rester bien au fait de la situation,
il faut se déplacer et participer le plus activement possible. Je ne suis
pas ici au Canada pour me traîner les pieds, mais bien pour accomplir quelque
chose. Je trouve donc important d'aller à la rencontre des Canadiens pour
leur parler de mon pays, mais aussi, ce qui l'est tout autant, pour les
écouter et profiter de ce qu'ils ont à m'apprendre. J'ai parcouru le Canada
d'un bout à l'autre et visité chaque province et territoire, dont bon nombre
plus d'une fois. Il m'arrive souvent de prendre la parole quatre ou cinq
fois dans une même journée devant divers auditoires, en particulier lorsque
je suis à l'extérieur d'Ottawa. Je ne pense pas pouvoir représenter efficacement
mon pays si je reste assis derrière mon bureau à Ottawa. C'est pourquoi
je passe le plus clair de mon temps à rencontrer des Canadiens, à prononcer
des discours et à visiter différentes installations. Je pense aussi qu'il
est crucial que les décideurs à Washington soient au courant de ce que
pensent les Canadiens. Je me fais donc un point d'honneur, lorsque je retourne
à Washington, de rencontrer les décideurs là-bas, qu'il s'agisse de la
secrétaire d'État Rice ou du secrétaire Chertoff, des fonctionnaires du
département du Commerce ou des représentants au Congrès, pour leur expliquer
ce qui est important pour les Canadiens.
Les relations entre nos deux pays sont complexes et, parfois, je crains
que nous ne soyons pas suffisamment conscients de ce que nous représentons
les uns pour les autres grâce au partenariat véritablement indispensable
et irremplaçable fondé sur des valeurs communes. Je trouve très insultant
que des gens qui ne connaissent pas le président Bush aussi bien que moi
je le connais et qui ignorent tout de la teneur des rapports qui lui sont
transmis chaque matin sur l'ampleur de la menace terroriste et du nombre
d'attentats importants que lui et son administration ont réussi à déjouer
depuis 2001, refusent de reconnaître que c'est grâce à la diligence de
son administration qu'il n'y a pas eu de nouvel attentat en Amérique du
Nord depuis le 11 septembre, et se montrent si critiques envers l'actuel
président. Cette attitude me dérange grandement. Je demeure, par contre,
convaincu que l'histoire portera un jugement très favorable sur l'actuel
président des États-Unis et que son successeur se rendra vite compte de
l'ampleur des problèmes à résoudre et de la difficulté de se montrer à
la hauteur lorsqu'il sera à son tour confronté à ces mêmes menaces.
L'ambassadeur Wilson : La relation privilégiée que le Canada entretient avec
les États-Unis ne fait aucun doute, si l'on en juge par les 23 bureaux (incluant
celui de l'ambassade) que nous comptons d'un bout à l'autre des États-Unis.
En plus de ces bureaux, nous avons 16 consuls honoraires, champions locaux
des relations canado-américaines qui se tiennent au fait de ce qui se passe
dans leur coin de pays et veillent à faire connaître le point de vue du
Canada.
Depuis mai 2006, j'ai eu l'occasion de me rendre dans plus de 15 États (parfois
plus d'une fois), de Blaine, dans l'État de Washington, à San Antonio,
au Texas, en passant par Plattsburgh, dans l'État de New York. Chaque fois,
j'ai rencontré des universitaires, des gens d'affaires, des représentants
du secteur culturel et des journalistes qui m'ont renseigné sur les enjeux
importants pour les Américains. Ces voyages, qui sont toujours ponctués
d'une allocution publique, constituent, pour moi, des occasions d'expliquer
aux habitants des États ou des régions visités l'importance de la place
occupée par le Canada. L'ambassade dispose aussi d'un certain nombre d'outils
de représentation qui lui permettent d'approfondir et d'exploiter les relations
économiques et sociales entre le Canada et les différents États.
Votre ambassade est une vaste organisation. Pouvez-vous nous donner une
idée de sa structure et de ses principales responsabilités?
L'ambassadeur Wilkins : Effectivement, la taille et la portée de notre vaste
organisation sont proportionnelles à l'importance des relations bilatérales
entre nos deux pays. Les bureaux du département d'État au sein de l'ambassade
s'occupent principalement des affaires politiques, économiques, consulaires
et publiques ainsi que des fonctions de gestion. Les employés d'une quinzaine
d'autres organismes gouvernementaux américains gèrent les dossiers relatifs
au commerce, à l'agriculture, aux douanes, à l'immigration, à l'application
de la loi et aux relations militaires et tous relèvent de moi en ma qualité
d'ambassadeur. Bien que nos responsabilités soient nombreuses, nous sommes
tous investis d'une seule et même grande mission : renforcer les liens déjà
solides entre les États-Unis et le Canada.
L'ambassadeur Wilson : L'ambassade à Washington est la principale mission
diplomatique du Canada aux États-Unis. Je supervise le travail du personnel
de l'ambassade et travaille en étroite collaboration avec les employés
des 13 consulats généraux, des 8 consulats et du bureau commercial, qui ont
pignon sur rue aux États-Unis et à Porto Rico. L'ambassade elle-même se
divise en cinq secteurs fonctionnels :
La section politique est responsable d'un certain nombre de programmes
stratégiques et opérationnels : politique étrangère, énergie et environnement,
liaison en matière de renseignement, sécurité frontalière et nationale,
immigration, et bureaux de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du
Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).
La section économique défend les intérêts économiques du Canada dans tout
un éventail d'activités économiques, commerciales et d'investissements.
Le Secrétariat de la Représentation à Washington, qui regroupe la section
des affaires publiques, celle des affaires juridiques et du Congrès, et
celle des affaires parlementaires provinciales/territoriales, intervient
auprès des groupes qui jouent un rôle dans l'élaboration des politiques
aux États-Unis, notamment les membres du Congrès, les États américains
et leurs organisations, les médias, les universitaires et les groupes de
réflexion de même que les dirigeants culturels et municipaux.
L'état-major de liaison de la Défense, qui regroupe des représentants des
forces terrestres, navales et aériennes des Forces canadiennes, conseille
l'ambassadeur sur les questions militaires, assure une liaison essentielle
entre le ministère canadien de la Défense et le Pentagone et procure le
soutien nécessaire aux 600 militaires canadiens en poste aux États-Unis.
Enfin, la section des services consulaires et de gestion offre des services
de soutien administratif et technique à l'ambassade ainsi que de l'aide
aux Canadiens en visite ou vivant à Washington et dans les États du Delaware,
du Maryland et de la Virginie.
Plusieurs ministères canadiens possèdent des représentants à temps plein
à l'ambassade.
Quelles préoccupations particulières interviennent lorsque vous traitez
avec les premiers ministres ou les gouverneurs?
L'ambassadeur Wilkins : La mission américaine au Canada a la chance d'avoir
six consulats généraux et un bureau de « représentation américaine » pour
étendre ses liens d'un bout à l'autre de ce vaste pays. Nous avons donc
des représentants sur place pour rencontrer directement les fonctionnaires
provinciaux et municipaux. Ces représentants effectuent un excellent travail,
mais je suis conscient aussi qu'il est important que je me déplace moi-même.
C'est pourquoi je suis fréquemment sur la route à parcourir ce magnifique
pays.
On dit souvent que « les États-Unis sont là pour faire des affaires », d'où
l'importance pour nous d'intervenir afin de faciliter les visites des gouverneurs
d'État et de leurs délégations commerciales ainsi que des entreprises américaines.
Nos deux pays entretiennent des liens étroits à tous les échelons : national,
régional, privé, communautaire et individuel.
L'ambassadeur Wilson : Nous sommes conscients que les mesures législatives
et les autres orientations politiques adoptées aux États-Unis ont souvent
un effet direct sur une ou plusieurs provinces. À cause de cela et du rôle
important joué par les provinces et les États dans les relations
canado-américaines, la section des affaires parlementaires provinciales/territoriales
de l'ambassade m'appuie dans ma volonté de servir de courroie de transmission
et de facilitateur aux provinces et aux territoires, en particulier
pour les aider à élargir leur présence aux États-Unis.
Nous nous réjouissons de ce que la province de l'Alberta administre son
propre bureau à l'ambassade. Cette collaboration s'avère très profitable
à de nombreux égards. Nous entretenons aussi de solides relations de travail
avec le bureau autonome du gouvernement du Québec à Washington. En plus
d'inclure les provinces dans sa stratégie de défense et de promotion des
intérêts du Canada, l'ambassade fait équipe avec elles pour planifier et
accueillir leurs missions en visite à Washington.
L'ambassade offre-t-elle des services particuliers pour venir en aide aux
législateurs qui ont à traiter d'enjeux politiques et commerciaux mettant
en cause l'autre pays?
L'ambassadeur Wilkins : Le Centre de documentation de notre ambassade est
doté d'un site Web (http://ottawa.usembassy.gov) et offre des services
de recherche aux députés et aux autres responsables gouvernementaux fédéraux.
Le public peut communiquer avec des spécialistes en recherche par courriel
ou par l'entremise du site Web pour obtenir de l'aide afin de trouver des
renseignements exacts au sujet de l'administration, de l'histoire et de
la culture américaines. De même, nos « alertes électroniques » recensent
les déclarations officielles, les études des groupes de réflexion ou les
articles savants de diffusion récente qui portent sur des questions comme
l'économie, la culture et les arts de même que sur les relations canado-américaines.
De plus, notre Bureau des affaires publiques collabore chaque année à l'organisation
de divers échanges ayant pour but de permettre à des législateurs et autres
professionnels canadiens de rencontrer directement leurs homologues américains.
L'ambassadeur Wilson : Au même titre que nous entretenons avec les provinces
et les territoires une collaboration constante, nous appuyons aussi
à titre individuel les parlementaires canadiens ainsi que les groupes et
comités affiliés dans l'exécution de leurs fonctions parlementaires. Cet
appui peut consister simplement à les tenir au courant de l'évolution de
la situation aux États-Unis ou, de façon plus concrète, à participer à
l'organisation et au déroulement d'une visite à Washington pour rencontrer
des décideurs.
L'aide offerte par l'ambassade aux membres canadiens du Groupe interparlementaire
Canada-États-Unis constitue un exemple parfait de ce genre de soutien.
Le Groupe interparlementaire Canada-États-Unis s'est donné pour mission
de favoriser les échanges d'information et de promouvoir une meilleure
compréhension entre les parlementaires canadiens et les législateurs américains
sur les problèmes et les préoccupations d'intérêt commun qui touchent les
relations entre les deux pays. Il se réunit une fois l'an et ses membres
canadiens effectuent de fréquentes visites aux États-Unis. J'ai eu le privilège
d'accueillir les membres du Groupe à l'ambassade et de les accompagner
à l'occasion de leur réunion annuelle qu'ils ont tenue à Windsor, en Ontario.
À cette occasion, les membres canadiens et américains ont eu la chance
d'avoir un aperçu concret du fonctionnement des postes frontaliers entre
le Canada et les États-Unis.
En quoi l'infotechnolologie moderne a-t-elle changé le rôle traditionnel
des ambassades et des ambassadeurs?
L'ambassadeur Wilkins : La technologie m'aide à faire mon travail. Nos sites
Web nous permettent de rejoindre les Canadiens. J'ai participé à des séances
de clavardage qui m'ont permis d'échanger en ligne et en temps réel avec
des gens de partout au Canada. Nous avons aussi fait d'énormes efforts
pour rejoindre les collectivités situées au nord du 60e parallèle en mettant
en place des « bureaux virtuels », avec la collaboration des consulats responsables
de ces trois territoires. Il ne fait aucun doute que les nouveaux moyens
technologiques permettent d'informer directement la population canadienne
des politiques du gouvernement américain. Grâce aux conférences vidéonumériques
(CVN), je peux communiquer directement avec le personnel en poste dans
les consulats de tout le Canada de même qu'avec les Canadiens eux-mêmes.
L'infotechnologie moderne a élargi et enrichi le « rôle traditionnel » des
ambassades et des ambassadeurs, mais elle a aussi créé de nouveaux défis
en multipliant le nombre de nouvelles plateformes qui se disputent l'attention
du public.
Malgré tous les avantages qu'elle procure, la technologie ne pourra jamais
remplacer l'expérience personnelle et les rapports directs. Ce que je préfère
le plus dans mon travail d'ambassadeur, c'est de rencontrer des milliers
de Canadiens d'un bout à l'autre du pays. Au cours des deux dernières années
et demie, ces rencontres ont contribué à faire en sorte que mon épouse Susan
et moi-même nous sentions chez nous ici. C'est un honneur de rencontrer
autant de gens extraordinaires qui ont une si haute opinion de mon pays
des personnes dont les journaux ne diffusent pas le point de vue. Cela
me fait prendre conscience chaque jour de la chance qu'a mon pays d'avoir
comme ami et allié le plus proche un pays comme le Canada et de l'immense
privilège qui m'est accordé de pouvoir représenter mon pays auprès de cette
grande démocratie.
L'ambassadeur Wilson : L'ambassade et les consulats utilisent Internet et
la technologie de réseautage social pour promouvoir les intérêts du gouvernement
canadien aux États-Unis et pour faire avancer les dossiers que nous défendons,
nos intérêts commerciaux et les affaires consulaires. (Effectivement, j'ai
toujours mon BlackBerry avec moi!)
Le meilleur exemple à cet égard est notre projet Lien Canada (www.liencanada.com).
Il s'agit d'un réseau sur le Web qui regroupe près de 35 000 personnes, notamment
des Américains qui font des affaires au Canada ou qui, à cause de leur
travail, entretiennent des liens avec le Canada, de même que des Canadiens
vivant aux États-Unis. Grâce à ces groupes, nous rejoignons les faiseurs
d'opinion et les décideurs des milieux d'affaires, des médias, du monde
universitaire et des ONG, de même que ceux des gouvernements fédéral, d'État
et municipaux.
Lien Canada constitue maintenant notre principal outil de communication
aux États-Unis. Il nous permet de transmettre nos messages importants sur
les intérêts du Canada aux États-Unis à des auditoires cibles dans un délai
raisonnable et avec des résultats mesurables. En janvier, par exemple,
nous avons lancé, sur l'ensemble du réseau Lien Canada, un message sur
les nouvelles exigences applicables aux voyages transfrontaliers. Le message
décrit les nouvelles exigences en vigueur le 31 janvier 2008. Une très forte
proportion des personnes inscrites ont ouvert notre message et nous savons
que bon nombre d'entre elles l'ont transmis à d'autres. L'information est
transmise rapidement à différentes listes de courrier électronique et aux
sites Web que consultent les personnes intéressées à venir au Canada.
Nous utilisons cette technologie pour transmettre, en temps opportun de
l'information à des auditoires très ciblés. Nous avons, par exemple, envoyé
des messages aux Canadiens vivant dans des régions aux prises avec des
situations d'urgence, comme ceux touchés par les récents incendies dans
le sud de la Californie, par l'ouragan Katrina dans les États du golfe
du Mexique ou par les tornades mortelles dans le Midwest.
Nous envoyons aussi à intervalles réguliers des bulletins électroniques
portant sur le commerce et l'économie, les actualités au Canada et les
études en cours au sein de nos groupes de réflexion et dans nos universités,
aux membres du réseau Lien Canada qui y sont expressément abonnés.
Grâce à cette technologie, nous avons réussi à constituer un bassin de
personnes intéressées aux États-Unis qui : 1) dans certains cas, sont prêtes
à intervenir pour faire avancer les dossiers que nous défendons; 2) connaissent
bien le Canada et les relations canado-américaines; 3) peuvent aider à promouvoir
les intérêts du Canada aux États-Unis; 4) peuvent recruter de nouveaux membres
pour le réseau Lien Canada.
Le recours à Lien Canada (plutôt qu'aux méthodes de communication traditionnelles)
aide le gouvernement canadien à mettre à profit la puissance des nouveaux
moyens de communication et permet de rejoindre directement un auditoire
diversifié et branché. Nous sommes branchés sur la population américaine
comme jamais auparavant et ce lien a un effet mesurable.
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