L'efficacité du Parlement et les possibilités qui s'offrent à lui dans
le processus budgétaire ont également été examinées de manière détaillée
dans une étude commandée en 2002 par l'Institut de recherche en politiques
publiques8. Les auteurs font valoir qu'il reste encore beaucoup à accomplir,
que les comités parlementaires ne sont pas utilisés à leur pleine mesure
pour l'examen des prévisions budgétaires et qu'ils s'acquittent particulièrement
mal de l'évaluation des résultats atteints dans le cadre des programmes.
Plus récemment, le rapport de la phase 2 de la Commission Gomery recommande
d'augmenter considérablement le financement accordé aux comités parlementaires,
en réponse aux préoccupations de longue date sur l'efficacité des comités
quand vient le temps d'examiner les programmes et les prévisions de dépenses
du gouvernement9. Dans ce document, le juge Gomery indique que l'augmentation
du personnel affecté au soutien des comités est essentiel à l'amélioration
de l'efficacité. Les députés sont membres de deux ou trois comités en même
temps et doivent par ailleurs assumer de multiples autres responsabilités,
dont beaucoup attirent davantage l'attention du public et leur procurent
plus directement le sentiment de faire Suvre utile. Ils n'ont pas suffisamment
de temps pour accomplir ce travail, et les budgets eux-mêmes sont parfois
difficiles à associer à des programmes concrets (par exemple, le Programme
de commandites n'a jamais été désigné comme une activité distincte dans
les budgets concernés). La Commission se dit encouragée par la ferme intention
du gouvernement de doter les comités de ressources additionnelles sur le
plan du personnel et note que les comités ont besoin de deux formes d'assistance :
(1) davantage de personnel de recherche de la Bibliothèque du Parlement
(elle note à cet égard une première mesure avec satisfaction : l'embauche,
par la Bibliothèque du Parlement, de trois nouveaux analystes bien au fait
des budgets) et (2) des ressources budgétaires accrues leur permettant
d'embaucher des experts pour l'étude de la gestion des programmes et des
questions de reddition de comptes.
Ces conclusions et ces recommandations témoignent du fait que, pour l'essentiel,
l'examen des budgets des dépenses par les comités n'a pas beaucoup changé,
malgré les réformes adoptées au cours des 30 dernières années. Lorsque
les comités consacrent un peu de temps aux budgets, leurs efforts (à quelques
exceptions près) continuent de refléter une façon de fonctionner qui était
déjà en place bien avant que les récentes réformes n'entrent en vigueur.
La plupart des séances consacrées à l'examen du budget des dépenses durant
la dernière législature ont, encore une fois, donné lieu à des échanges
de portée générale et relativement partisans sur les priorités politiques
et les orientations stratégiques des ministères, et les questions de fond
relatives aux budgets ont reçu très peu d'attention. De plus, les interrogations
éparpillées et non systématiques reflétaient l'alternance rapide des interrogations
parmi les membres et, à quelques notables exceptions près, les résultats
des votes sur les budgets des dépenses proposés par le gouvernement étaient
prévisibles et presque toujours favorables.
Le Parlement exerce le « pouvoir de la bourse » en examinant, chaque année,
le Budget principal des dépenses du gouvernement (normalement déposé au
printemps) ainsi que deux (en règle générale) budgets supplémentaires des
dépenses. Ces budgets sont soumis à l'examen détaillé des comités permanents,
lesquels peuvent :
-
ne rien dire, auquel cas la Chambre procède à l'examen du budget proposé
par le président du Conseil du Trésor;
-
faire rapport sur le budget sans amendement, auquel cas la Chambre procède
comme il est indiqué ci-dessus;
-
réduire le budget ou le rejeter, auquel cas la Chambre examine les changements
et adopte le budget modifié ou rétablit les montants initiaux.
Ces « règles du jeu » fondamentales comportent peu de restrictions quant
à ce que le Parlement et ses comités peuvent faire en pratique, ce qui
laisse beaucoup de latitude pour l'amélioration de l'efficacité.
Des renseignements de meilleure qualité
Comme nous l'avons déjà mentionné, les comités parlementaires reçoivent,
en plus des budgets de dépenses des ministères, deux rapports explicatifs
devant servir de base aux examens. Il s'agit du Rapport sur les plans et
les priorités (soumis aux comités pour l'examen du Budget principal des
dépenses) et des Rapports ministériels sur le rendement (qui, à l'automne,
renseignent les comités sur les résultats atteints). Même si ces rapports
résultent d'une longue évolution, de nombreux parlementaires continuent
de se déclarer mécontents de l'information qu'ils contiennent, qu'ils considèrent
comme excessivement bureaucratique et particulièrement vague quant aux
secteurs où le rendement laisse à désirer.
Le Secrétariat du Conseil du Trésor donne aux ministères des instructions
détaillées sur les meilleures pratiques à adopter pour l'établissement
des rapports; il évalue également les rapports des ministères et leur fournit
de la rétroaction. Les ministères sont toutefois peu incités à réagir,
à moins que les parlementaires eux-mêmes n'expliquent clairement que les
exigences du Secrétariat du Conseil du Trésor sont étroitement liées aux
besoins du Parlement. Même si les rapports parlementaires sur le processus
d'examen des budgets ont constamment demandé des améliorations sur le plan
de l'accessibilité, de la clarté et de la pertinence de l'information,
les différents comités n'ont toujours pas exercé leurs pouvoirs en vue
de favoriser la communication de meilleurs renseignements par les ministères
qui leur sont assignés. En plus de leur capacité de refuser ou de réduire
un budget lorsqu'ils n'obtiennent pas les renseignements requis pour l'évaluer,
les comités pourraient exercer leur pouvoir général de faire rapport au
Parlement, afin de fournir de la rétroaction aux ministères sur leurs rapports
et de présenter des recommandations précises en vue de les peaufiner.
Importance des rapports des ministères
Les rapports des ministères présentent une importance immédiate, en ce
sens qu'ils constituent une base d'information que les parlementaires peuvent
utiliser pour évaluer les budgets des dépenses des ministères. Toutefois,
leur importance ne s'arrête pas là. Les rapports sur le rendement et la
planification peuvent également se révéler utiles pour permettre aux comités
d'évaluer les programmes ministériels et pour rédiger des rapports sur
le rendement des programmes, l'optimisation des ressources ou les plans
de dépenses à venir en dehors du processus officiel d'examen budgétaire.
Ces rapports ne sont pas limités par le principe de la recommandation royale,
qui empêche les comités d'accroître les budgets, ou de réaffecter de l'argent
d'un crédit à un autre à l'intérieur du processus officiel d'examen du
budget. Comme d'autres rapports reflétant le mandat général d'enquête des
comités, ils ne comportent aucune contrainte procédurale quant au contenu
des recommandations, étant donné que les recommandations sont simplement
des propositions qui sont adressées au ministre et qui peuvent ou non être
intégrées au programme politique du gouvernement. Par conséquent, les rapports
sur le rendement des programmes ou les plans de dépenses à venir constituent
des moyens qui permettent aux comités de proposer des augmentations de
dépenses ou une nouvelle répartition des ressources existantes ou futures.
Si le gouvernement acceptait ces recommandations, elles se refléteraient
dans un budget futur.
Les rapports des comités sur le rendement des programmes ou sur les dépenses
à venir permettent non seulement de contourner les limites du processus
officiel d'examen du budget, mais ils fournissent également un moyen de
surmonter un gros obstacle politique qui empêche les comités d'examiner
efficacement les budgets. En effet, au moment où les budgets des ministères
arrivent dans l'enceinte de la Chambre des communes, ils sont le fruit
d'une planification détaillée des fonctionnaires des ministères, ils ont
été acceptés par les ministres en tant que composante du programme du gouvernement,
et le gouvernement les appuie de tout son poids. Par conséquent, les changements
sont perçus comme une menace pour la crédibilité du gouvernement, et ce
dernier est très réticent à les accepter. Cette réticence s'observe généralement
dans les comités, dans la manière prévisible dont les députés du gouvernement
soutiennent les budgets tels qu'ils sont présentés par le gouvernement
et, lorsque le gouvernement est majoritaire du moins, dans la manière prévisible
dont les comités approuvent les budgets sans apporter de changements.
Les rapports qui ne sont pas réalisés dans le cadre du processus officiel
d'examen du budget et qui sont plutôt axés sur les plans de dépenses pour
les années à venir échappent à ces limites pratiques des activités des
comités. Les fonctionnaires sont plus susceptibles d'être réceptifs aux
recommandations qui ne menacent pas leur planification détaillée qui est
sur le point d'aboutir, et cette plus grande réceptivité est susceptible
de se répercuter dans les conseils donnés aux ministres. Les ministres,
quant à eux, ne sont pas exposés à des situations politiques embarrassantes
avec de telles recommandations et sont susceptibles d'être mieux disposés
à les examiner. À leur tour, ces circonstances augmentent les chances que
les membres des comités provenant du gouvernement et de l'opposition soient
en mesure de trouver un terrain d'entente lorsqu'ils se penchent sur des
questions de fond soulevées dans les budgets des ministères. Les rapports
qui ne sont pas réalisés dans le cadre du processus officiel d'examen du
budget et qui se concentrent sur des recommandations qui touchent les années
à venir pourraient donc permettre aux comités d'exercer une influence potentiellement
importante sur les budgets des ministères.
Établir un équilibre entre le général et le détaillé
L'expérience accumulée par les comités au fil des ans montre que les ministères
sont souvent trop gros et trop complexes pour se prêter à un examen détaillé.
Un examen détaillé de toute la panoplie de programmes offerts par un vaste
ministère obligerait les comités à ne rien faire d'autre. En revanche,
les comités voudraient sans doute soumettre tous les ministères et organismes
qui relèvent d'eux à un examen minimal. Le fait de choisir un programme
et de l'étudier en profondeur tout en ne tenant pas compte d'autres programmes
présenterait le danger que des problèmes importants passent inaperçus,
et ferait également en sorte qu'un comité ne disposerait d'aucun fondement
pour approuver ou rejeter des crédits précis qui sont contenus dans le
budget (sauf les parties d'un crédit liées à un programme qui a reçu une
attention particulière).
Les comités devront donc peut-être envisager une procédure à deux voies
comportant :
-
des séances régulières (au moins annuelles) de reddition de comptes avec
les ministres, où il serait question à la fois de leur ministère et des
responsabilités de leur portefeuille; ET
-
l'assujettissement d'un programme ou d'une activité à un examen détaillé
et, éventuellement, à un suivi pluriannuel. Cette procédure permettrait
de recommander des changements aux plans de dépenses pour les années à
venir avant que le gouvernement ne les inclue dans les budgets annuels.
Ces deux approches se complètent l'une l'autre. Les séances de reddition
de comptes générales peuvent aider à repérer les programmes ou les activités
qu'un comité voudra peut-être explorer en détail. Les suites données aux
recommandations de changements à apporter aux plans de dépenses futures
pourraient être examinées lors des séances de reddition de comptes avec
les ministres. Les examens de programme détaillés peuvent également servir
de base à l'examen (et à l'éventuelle modification) des budgets renvoyés
au comité.
En quoi consiste un examen détaillé?
Pour procéder à un examen détaillé, les comités doivent d'abord choisir
une initiative ou un programme ministériel qui est suffisamment limité
pour pouvoir être étudié en profondeur dans les délais prévus. Même si
les renseignements et les conseils fournis par le personnel de recherche
du comité peuvent aider, la décision de consacrer une part importante du
temps d'un comité à un programme ministériel donné est nécessairement fondée
sur des priorités politiques. Le défi auquel les comités sont confrontés
pour ce faire est semblable au défi plus vaste qui est associé à l'établissement
d'un programme de travail, où la tentation d'éviter les conflits en s'engageant
dans de multiples études (parfois simultanément) impose, fréquemment, de
sérieuses limites à l'efficacité du comité, et réduit également la crédibilité
des enquêtes parlementaires chez les intervenants spécialisés et les gens
qui influencent les politiques. Les comités doivent trouver des manières
de résister à cette tentation, notamment en s'entendant sur une série d'études
spécialisées qui pourraient être menées au cours de la durée de vie probable
du comité, ou encore en établissant, dès le départ, qu'il est nécessaire
de se concentrer sur une seule étude.
Le Comité des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires,
dans son rapport de 2003 intitulé Pour un examen valable, a envisagé plusieurs
façons possibles de procéder à un examen détaillé, dont les suivantes :
-
inviter les fonctionnaires du ministère à donner des séances d'information
informelles sur tel ou tel programme;
-
faire travailler le personnel de recherche du comité avec les fonctionnaires
du ministère à l'établissement d'une base de renseignements spécialisée;
-
interroger les fonctionnaires du Bureau du vérificateur général qui peuvent
avoir en leur possession des dossiers pertinents;
-
répartir le travail entre les membres du comité, afin de réduire au minimum
le double emploi (questions individuelles, sources d'information, etc.);
-
inviter les clients ou les parties prenantes d'un programme à venir commenter
le programme du point de vue des usagers;
-
inviter des universitaires et d'autres experts qualifiés à fournir de l'information
(suivant la façon de procéder habituelle dans le cadre d'études de politique).
Au cours des dernières années, plusieurs comités de la Chambre des communes
ont tenté d'utiliser certaines de ces approches, mais les charges de travail
des comités ont souvent entraîné des problèmes de planification, et ce,
même pour les modestes tentatives de s'éloigner de l'unique réunion traditionnelle
où le ministre vient défendre le budget de son ministère. Cela montre que
les présidents et les membres des comités sont de plus en plus intéressés
à innover.
Récentes initiatives de la Bibliothèque du Parlement
En plus d'offrir du soutien administratif, comme des ateliers destinés
aux parlementaires et à leur personnel, des équipes d'analystes affectés
aux comités parlementaires par le Service d'information et de recherche
parlementaires (SIRP) offrent actuellement des services de recherche et
d'analyse aux comités qui prennent part aux travaux sur le budget des dépenses.
Parmi les principaux types de services offerts, il y a notamment :
-
des séances d'information ou des recherches (pour les comités ou leurs
membres individuels) sur :
-
les budgets (y compris la provenance des chiffres, leur signification),
-
le processus budgétaire,
-
tel ou tel programme ou activité,
-
les sources d'information clés;
-
des analyses de fond et des avis et conseils sur tel ou tel programme ou
budget qui mérite peut-être un examen détaillé;
-
des plans d'étude (y compris des propositions de témoins) conçus pour que
le comité obtienne les renseignements dont il a besoin au moment où le
budget lui sera renvoyé;
-
des notes d'information contenant des analyses et un choix de questions
à poser lors des réunions sur le budget.
En 2004, en réponse aux changements décrits dans le présent article, la
Bibliothèque du Parlement a demandé et reçu des sommes supplémentaires
pour embaucher trois analystes possédant des compétences susceptibles de
contribuer à renforcer le soutien que le SIRP fournit aux comités qui procèdent
à des études de programmes liées aux budgets. Les trois analystes embauchés
ont permis au SIRP de bénéficier de l'expérience qu'ils avaient acquise
au ministère des Finances, au Secrétariat du Conseil du Trésor et au Bureau
du vérificateur général. Ils sont devenus membres d'un groupe de travail
interne créé dans le but d'améliorer de façon générale le soutien des travaux
budgétaires fourni par les équipes d'analystes du SIRP qui sont affectées
à des comités du Sénat et de la Chambre des communes.
Le groupe de travail, qui s'est nommé l'« équipe des prévisions budgétaires »,
compte les trois spécialistes des budgets, en plus d'autres analystes qui
travaillent pour les comités parlementaires qui ont pour mandat précis
d'étudier des questions liées au rendement des programmes et aux dépenses
gouvernementales (le Comité sénatorial permanent des finances nationales,
le Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires
de la Chambre des communes et le Comité permanent des comptes publics de
la Chambre des communes).
L'une des principales tâches de l'équipe est de faciliter l'affectation
flexible d'analystes possédant les compétences requises auprès des comités
entreprenant des études sur les budgets. De plus, les membres de l'équipe
fournissent des renseignements sur les pratiques exemplaires et des documents
de référence, et donnent des conseils à leurs collègues travaillant pour
les équipes d'autres comités. Les comités peuvent ainsi profiter, au besoin,
de compétences et de connaissances particulières sur les budgets, en plus
des connaissances spécialisées que les équipes des comités possèdent déjà,
tant au sujet des programmes ministériels relevant du mandat du comité
qu'à propos des enjeux stratégiques et opérationnels qui touchent le rendement,
l'optimisation des ressources et les dépenses. Finalement, les membres
de l'équipe ont découvert que le partage régulier de renseignements, de
même que les discussions sur les meilleures pratiques, sont utiles dans
le contexte de leur propre travail pour les comités. L'équipe peut ainsi
tirer profit d'un des atouts du SIRP : la capacité de déployer une équipe
de soutien multidisciplinaire et de créer des synergies professionnelles
pour servir le Parlement et ses comités.
Perspectives immédiates
L'environnement parlementaire actuel comporte à la fois des défis et des
possibilités en ce qui a trait à l'amélioration de l'efficacité du Parlement
pour ce qui est de l'examen minutieux des programmes gouvernementaux et
de l'étude des propositions de dépenses.
Jusqu'à maintenant, la présence de gouvernements minoritaires à la Chambre
des communes a semblé comporter à la fois des avantages et des inconvénients
au chapitre de l'efficacité. Du côté des inconvénients, la crainte d'une
élection immédiate constitue pratiquement une caractéristique des gouvernements
minoritaires. Cette situation contribue à mettre l'accent sur les tactiques
à court terme au Parlement, plutôt que sur des études systématiques et
à moyen ou long terme sur les programmes et le rendement qui sont pourtant
nécessaires pour que le Parlement puisse examiner de manière constructive
les dépenses gouvernementales. Du côté des avantages, le fait que les membres
du gouvernement soient minoritaires au Parlement (et dans les comités)
diminue considérablement un obstacle politique majeur qui atténue généralement
l'impact que le Parlement a sur les budgets (qu'il soit effectif ou non).
Le Parlement se trouve dans une position où il peut influer sur les plans
de dépenses du gouvernement directement ou en recourant à la persuasion
pour ce qui est du plus long terme, si c'est ce qu'il souhaite.
En ce qui concerne le personnel de soutien, le projet de loi C-2 (Loi fédérale
sur la responsabilité) a été adopté par la Chambre des communes. Il était
étudié par le Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles
au moment d'écrire ces lignes (octobre 2006). Ce projet de loi prévoit qu'un
poste de directeur parlementaire du budget sera créé à la Bibliothèque
du Parlement, avec un large mandat pour soutenir le Parlement dans ses
travaux relatifs aux différentes dimensions de la budgétisation et des
dépenses gouvernementales (ainsi que celles concernant les répercussions
financières des projets de loi émanant des députés et des propositions
des comités). Dans le cadre des travaux du Parlement sur les prévisions
des dépenses, le futur directeur parlementaire du budget aura pour mandat
de fournir des analyses budgétaires au Sénat et à la Chambre des communes
et, sur demande, à tout comité chargé d'étudier le budget. Même si l'impact
réel du projet de loi dépendra en partie des ressources qui seront mises
à la disposition de ce nouveau fonctionnaire, la loi prévoit bien une amélioration
considérable du soutien technique offert au Parlement pour accomplir son
travail sur le budget.
Conclusion
Au cours des dernières années, on s'est beaucoup intéressé à l'efficacité
du Parlement dans l'exercice de ses responsabilités relatives à la capacité
fiscale et aux dépenses, plusieurs comités ont expérimenté des approches
novatrices dans leur travail, et le personnel de soutien participant aux
travaux des comités parlementaires sur les budgets compte maintenant quelques
employés de plus.
Jusqu'à maintenant, les progrès réalisés ont toutefois eu peu d'impact
sur le problème des motivations politiques, qui demeure un défi majeur
dans ce secteur. Même s'il est toujours possible que des scandales ou des
activités inutiles soient découverts et que l'on y remédie, la plus grande
partie des travaux sur le budget continueront à passer inaperçus. Les questions
administratives et les progrès graduels n'attirent pas l'attention des
médias (qui s'intéressent davantage aux questions d'éthique ou de principe,
qui sont plus spectaculaires), ne sont pas facilement compréhensibles ou
intéressantes pour les électeurs, et n'incitent donc pas les parlementaires
à leur consacrer du temps. De plus, pour les membres des comités appartenant
au parti au pouvoir, il est presque certain que les actions des comités
qui dépasseront ces limites mettront les ministres dans l'embarras, ce
qui fait que la participation à ces travaux n'est pas utile pour aider
ces députés à faire avancer leur carrière politique.
La possibilité d'influer sur les budgets des années à venir, encouragée
par la structure actuelle des rapports au Parlement, ne permet pas réellement
de régler ce problème. Au contraire, elle est le résultat d'une conception
bureaucratique et rationnelle du rôle du Parlement qui demeure passablement
déconnectée des réalités de l'univers politique. Même si les directives
actuelles du Secrétariat du Conseil du Trésor demandent d'établir des rapports
qui précisent comment les plans des ministères répondent aux recommandations
du Parlement, on ne sait pas avec certitude comment les ministères peuvent
persuader les comités qu'ils font quelque chose qu'ils ne prévoyaient pas
faire, ou que les ministres seront prêts à partager le mérite de changements
importants avec les comités parlementaires. De plus, étant donné que plusieurs
mois ou même plusieurs années peuvent s'écouler entre le moment où un comité
déploie des efforts sur un dossier et le moment où l'on observe un effet
tangible sur les dépenses du ministère, il faut que les parlementaires
acceptent d'attendre avant de récolter le fruit de leur labeur, ce qui
peut s'avérer irréaliste, compte tenu des pressions politiques.
Les défis sont considérables, mais ils ne sont peut-être pas insurmontables.
Bon nombre d'entre eux sont, en effet, semblables à ceux qui se posent
dans d'autres domaines, notamment l'étude des politiques par les comités.
De manière plus générale, ils reflètent la nécessité d'adapter le Parlement
à son environnement, qui est en constante évolution. C'est pourquoi les
partisans de la gouvernance parlementaire n'ont pas d'autre choix que de
continuer à essayer de trouver des moyens de s'assurer que les responsabilités
du Parlement en matière de fiscalité et de dépenses ne deviennent pas de
simples formalités.
Notes
1. Robert Marleau et Camille Montpetit, La procédure et les usages de la
Chambre des communes, Ottawa, Chambre des communes, 2000, chapitre 18, surtout
p. 701 et suiv.
2. Norman Ward, The Public Purse A Study in Canadian Democracy, Toronto,
University of Toronto Press, 1951, p. 230 et suiv.
3. Pour avoir un excellent aperçu de l'évolution des procédures parlementaires
relatives au budget des dépenses et connaître le point de vue des universitaires
et des parlementaires à ce sujet, voir le rapport du Comité permanent de
la procédure et des affaires de la Chambre qui s'intitule L'étude des crédits
: boucler la boucle du contrôle, décembre 1998, p. 7-16.
4. Ibidem, p. 3.
5. Chambre des communes, Comité permanent de la procédure et des affaires
de la Chambre, Projet d'amélioration des rapports financiers au Parlement
Phase 2 : Continuons en avant, juin 2000.
6. Chambre des communes, Comité spécial sur la modernisation et l'amélioration
de la procédure à la Chambre des communes, Rapport, juin 2001.
7. Chambre des communes, Comité permanent des opérations gouvernementales
et des prévisions budgétaires, Pour un examen valable : Améliorations à
apporter au processus budgétaire, septembre 2003.
8. Peter Dobell et Martin Ulrich, « L'efficacité parlementaire dans le processus
budgétaire : une étude de cas », Enjeux publics, vol. 3, no 5, Institut de
recherche en politiques publiques (mai 2002).
9. Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités
publicitaires (Commission Gomery), Rétablir l'imputabilité: Recommandations,
Ottawa, 2006, p. 69. Rapport de la phase 2.