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Beth Stover
Au printemps 2006, Canadiana.org sera sur le point de terminer son projet
plutôt ambitieux de numérisation des grandes publications officielles du
Canada des XVIIIe et XIXe siècles. À la fin du projet, plus de 1,5 million
de pages provenant du plus important patrimoine documentaire du Canada,
constitué de ses lois, de ses débats, de ses journaux législatifs et de
ses documents parlementaires, seront affichées, avec recherche en texte
intégral, sur le site Notre mémoire en ligne, à l'adresse www.canadiana.org.
Mais en quoi consiste Canadiana.org et comment ce petit organisme sans
but lucratif a-t-il réussi à monter la plus vaste collection en ligne d'anciens
documents législatifs canadiens en six ans à peine?
Anciennement connu sous le nom d'Institut canadien de microreproductions
historiques (ICMH), Canadiana.org a été créé en 1978 par le Conseil des
Arts du Canada. En 1969, le milieu universitaire avait protesté après que
le Conseil avait mis fin à un programme d'aide destiné aux bibliothèques
universitaires. Le Conseil avait, à son tour, réagi en formant un groupe
de bibliothécaires et d'universitaires, appelé Groupe consultatif sur les
bibliothèques universitaires de recherche, pour qu'il fasse rapport sur
les problèmes auxquels étaient confrontées les bibliothèques universitaires
et qu'il recommande des solutions.
Le rapport du Groupe consultatif, publié en 1978, faisait état de deux
problèmes majeurs. Le premier, l'inaccessibilité du patrimoine publié du
Canada, tenait à l'éparpillement des anciennes collections au pays. Les
chercheurs devaient, en effet, consacrer beaucoup d'argent et de temps
pour se rendre dans les bibliothèques, et celles-ci n'étaient pas prêtes,
à juste titre d'ailleurs, à prêter leurs documents les plus rares. Le second
était la détérioration de nombreuses publications des XVIIIe et XIXe siècles
et du début du XXe ainsi que la nécessité de les préserver. Le rapport indiquait :
« Nous courons le risque que les étudiants des générations futures aient
très peu de documents canadiens anciens à leur disposition si des mesures
draconiennes ne sont pas prises maintenant1. »
Le rapport recommandait que « le Conseil des Arts du Canada dote un organisme
approprié de la somme de deux millions de dollars [&] consacrés exclusivement
à la création d'une collection de microreproductions historiques [&]2 ».
Cet organisme national, en reproduisant de vieux livres sur des microfiches
et en les remettant aux bibliothèques abonnées, pourrait résoudre le double
problème de l'accès et de la préservation. Le Conseil des Arts a donné
suite à la recommandation, et c'est ainsi que Canadiana.org (ou l'ICMH,
comme on l'appelait avant) a vu le jour. Au cours de ses 28 années d'existence,
Canadiana.org a créé plusieurs produits et, ce faisant, a constitué la
plus importante collection d'anciennes publications canadiennes.
Pendant les 22 premières années, l'organisme a distribué ses collections
sous forme de microfiches. Cette collection sur microfiches de vieux livres,
annuaires et périodiques canadiens comprend plus de 90 000 titres sur 270 000 microfiches.
En 1996, avant la fin du microfilmage, Canadiana.org. s'est tournée vers
la numérisation. Avec ses partenaires Bibliothèque et Archives Canada
(BAC), l'Université de Toronto et la bibliothèque de l'Université Laval
et avec l'aide considérable de la Mellon Foundation, Canadiana.org. a
entrepris un projet pilote, l'une des premières grandes initiatives de
numérisation du Canada. Environ 3 000 titres de microfiches de Canadiana.org.
ont été numérisés par les Centres de services de conservation d'OCLC en
vertu d'un contrat d'impartition. Les ouvrages ont ensuite été publiés
sur le nouveau site Notre mémoire en ligne (NML) de Canadiana.org., à l'adresse
www.canadiana.org. Ces titres numérisés ont été regroupés en six collections
thématiques : littérature canadienne anglaise, études autochtones, histoire
des femmes canadiennes, histoire du Canada français, baie d'Hudson et Relations
des jésuites.
NML a connu un succès instantané : plus de huit millions d'appels de fichier
la première année! Les chercheurs étaient ravis de la version numérique
des livres, car ils pouvaient y avoir accès dans le confort de leur foyer
ou de leur bureau et ils économisaient le temps et l'argent autrefois consacrés
aux voyages nécessaires pour consulter ces documents. Encouragée par ce
succès, Canadiana.org a décidé que son projet suivant, Le Canada en devenir
la reproduction d'anciennes publications officielles canadiennes , se
ferait uniquement sous forme numérique.
Pourquoi les publications officielles?
Le mandat que s'est donné Canadiana.org de numériser les premières publications
gouvernementales a fait suite à un sondage mené pour son compte en 1997.
Le sondage s'adressait principalement aux deux groupes qui collaboraient
étroitement avec l'organisme, à savoir les bibliothécaires et les chercheurs.
Interrogés sur la nature du prochain projet de Canadiana.org, ils ont accordé
la priorité aux anciennes publications3.
La grande importance accordée à ces genres de publications est facile à
comprendre. Les documents gouvernementaux ont été parmi les premiers à
sortir des presses quand l'industrie de l'imprimerie a vu le jour au milieu
du XVIIIe siècle au Canada. À partir de cette époque, les gouvernements
ont joué des rôles importants dans la culture de l'imprimerie, à titre
d'auteurs, d'éditeurs, d'imprimeurs, d'expéditeurs ou de distributeurs,
de vendeurs, etc.4.
Les documents gouvernementaux constituent une chronique
importante de la politique, de la pensée et de la culture canadiennes.
Les anciennes publications officielles portaient sur une multitude de sujets,
tout comme celles d'aujourd'hui. Elles sont essentielles pour étudier le
développement et la gouvernance du Canada et revêtent une valeur inestimable
pour les chercheurs de tous les domaines.
Chaque génération aime à se voir plus éclairée que les précédentes. Un
coup d'Sil à ces publications révèle toutefois qu'il y a 200 ans, les personnalités
influentes de la société canadienne se penchaient (et parfois de façon
ingénieuse) sur bon nombre des mêmes questions qui sont étudiées aujourd'hui
dans les assemblées législatives, notamment l'écologie, la qualité des
soins de santé, le pluralisme culturel, la pauvreté et l'itinérance, les
relations canado-américaines et le traitement des Autochtones.
Or, aucune bibliothèque ne possède de collection complète, même des principales
publications gouvernementales comme les lois, les journaux et documents
parlementaires, et les débats. Par conséquent, quiconque désirait consulter
cette documentation éparpillée devait être prêt à recourir aux prêts interbibliothèques
et, dans bien des cas, à parcourir d'énormes distances pour consulter des
livres rares et fragiles qui quittaient rarement leurs rayons. Grâce à
la numérisation, Canadiana.org est en mesure de réunir ces collections
en une seule, accessible et précieuse pour l'étude du Canada dans toutes
les disciplines.
Pour mettre le nouveau projet en marche, Canadiana.org a, dans un premier
temps, créé un comité consultatif et un groupe de réflexion, composés d'universitaires
et de bibliothécaires s'intéressant à ce domaine. Les paramètres de collection
du projet ont été fixés aux termes d'une intense consultation des deux
groupes ainsi que de discussions téléphoniques avec des bibliothécaires
de documents gouvernementaux des quatre coins du pays. On espérait au départ
que toutes les publications officielles antérieures à 1921 seraient scannées.
Mais, quand on a constaté que le nombre de publications officielles antérieures
à cette année était beaucoup plus élevé que prévu au départ (plus de dix
millions de pages), on a reconnu l'impossibilité de la tâche. La numérisation
de dix millions de pages, au rythme envisagé de 250 000 par année, prendrait
quarante ans. Un projet d'une telle ampleur dépassait, bien sûr, les capacités
de Canadiana.org, tant sur le plan de l'argent que sur celui du temps.
Par conséquent, le comité consultatif et le groupe de réflexion ont été
invités à classer par ordre de priorité les genres de publications à numériser.
Il a été décidé que le projet insisterait sur les documents publiés en
1900 et avant cette date et que les principaux documents législatifs auraient
la priorité (projets de loi, statuts, documents parlementaires, débats,
journaux, etc.). Canadiana.org numériserait les documents coloniaux publiés
avant la Confédération. Cependant, pour la période de 1867 à 1900, seuls
les documents fédéraux seraient retenus. (L'ajout des documents provinciaux
et territoriaux de cette période aurait prolongé la durée du projet d'au
moins deux ou trois ans.) Les publications municipales et les documents
d'archive ont été écartés du projet.
Les principales catégories de documents scannés sont :
-
Lois (ou statuts) : Les lois de 150 années sont numérisées, des lois de la
Nouvelle-Écosse, qui remontent à 1758, aux lois fédérales adoptées en 1900.
-
Débats : Les débats de nombreuses assemblées législatives n'ont pas été
publiés les premières années. Par exemple, avant 1867, seules les provinces
Maritimes du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l'Île-du-Prince-Édouard
ont publié des débats officiels, et ce, de façon sporadique.
-
Documents parlementaires : Tant par la quantité que la qualité, les documents
parlementaires constituent une partie importante de la base de données
des publications officielles. NML numérise les 800 volumes et plus de documents
parlementaires portant sur les années 1860 à 1900 (plus de 600 000 pages
en anglais et en français). Ces documents sont prisés par les chercheurs
parce qu'ils portent sur une gamme extrêmement variée de sujets : les affaires
internationales, l'éducation, l'immigration et la colonisation, le commerce,
les banques, les transports (chemins de fer, routes et canaux), les ressources
naturelles (mines, pêches et forêts), le système juridique, les affaires
militaires, la technologie, les sciences et les soins de santé.
-
Journaux (et annexes) : Ce sont les comptes rendus officiels des décisions
et des transactions des assemblées législatives. Il s'agit, en fait, de
procès-verbaux exposant en détail la formation des divers comités gouvernementaux
et la présentation des projets de loi et des rapports des comités et des
ministères. Les annexes des journaux contiennent des rapports sur une multitude
de sujets. (Grâce aux fonds versés par le programme Culture canadienne
en direct de Patrimoine Canada, tous les journaux et annexes antérieurs
à la Confédération, ainsi que les Journaux de la Chambre des communes pour
les années de 1867 à 1900, ont été versés dans la partie de NML qui est
accessible à tous.)
-
Rapports des commissions royales : Ces commissions sont mises sur pied pour
étudier des problèmes hors de l'ordinaire ou solliciter des opinions éclairées
sur des sujets controversés et déterminer l'orientation du gouvernement
à cet égard.
-
Projets de loi : Pour les projets de loi déposés avant 1860, la version
de première lecture sera numérisée. Dans le cas des projets de loi qui
ne sont pas disponibles ainsi, la version de deuxième lecture sera numérisée
(cette décision a été prise parce qu'il reste relativement peu de versions
de première lecture de vieux projets de loi). Pour la période allant de
1860 à 1900, seules les versions de première lecture seront numérisées
en raison du grand nombre d'exemplaires disponibles.
-
Rapports de comités : Les rapports publiés par les comités permanents et
spéciaux sont en cours de numérisation. Ces documents ont souvent été publiés
dans les journaux ou leurs annexes, ou encore dans les documents parlementaires.
Le cas échéant, pour éviter le double emploi, seul le rapport publié dans
les journaux, les annexes ou les documents parlementaires sera numérisé.
-
Rapports de commissions ministérielles : Les commissions ministérielles
sont créées par un ministre pour faire enquête sur des sujets d'intérêt
public. Elles ont souvent le rang d'une commission royale. Seul un petit
nombre de rapports de ces commissions sera numérisé, puisque très peu ont
été publiés avant 1900.
-
Publications officielles de la France et de la Grande- Bretagne ayant trait
à la gouvernance du Canada : Cette collection est constituée d'un millier
de documents, notamment des lois, des projets de loi, des lettres et des
rapports. Leur importance est grande, car les débuts du Canada ont été
en grande partie déterminés par les décisions prises par les parlements
français et britannique. La collection renferme plus de 600 documents du
Parlement britannique qui datent du XIXe siècle et touchent directement
le Canada. On y trouve également plus de cent arrêts du Conseil d'État
de France qui ont régi la vie au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles.
-
Ordonnances : Ce sont des textes législatifs produits par un gouverneur,
agissant unilatéralement ou sur la recommandation d'un conseil, en l'absence
d'un organe législatif élu. Bon nombre de ces ordonnances sont numérisées,
notamment celles du Québec, pour la période de 1764 à 1791, et celles du
Bas-Canada, pour la période de 1838 à 1841.
-
Règlements : Les règlements sont une forme de législation par pouvoir délégué.
Autrement dit, le Parlement confère légalement à une autorité externe le
droit d'établir des règles et des règlements qui ont force de loi. Publiés
pendant la période s'étendant de la fin du XVIIIe siècle à 1900, plus de
150 règlements ont été numérisés.
-
Traités et conventions : Il existe différents types de traités : ils régissent
le commerce, établissent les frontières territoriales ou contribuent à
former des alliances ou à conclure la paix. Des dizaines de traités qui
touchent directement ou indirectement le Canada ont été numérisés, du Traité
de paix signé entre la France et les Canadiens autochtones en 1666 aux
ententes relatives au conflit frontalier qui a sévi dans les années 1890
au sujet de l'Alaska, en passant par le Traité d'Utrecht de 1713.
Toutes les catégories, sauf les débats et les journaux fédéraux, sont disponibles
sur abonnement seulement.
Les catégories ci-dessus constituent le principal volet de la collection
des premières publications officielles. Nombreux toutefois sont les textes
intéressants qui ne correspondent pas à ces catégories : les listes du service
civil (où figurent les milliers de Canadiens ayant travaillé pour le gouvernement
de 1885 à 1900), les guides d'immigrants éventuels au Canada, certains
discours (de John A. Macdonald, de Joseph Howe, de Charles Tupper, d'Henri Bourassa
et d'autres), les règles de procédure parlementaire et les règles de cour5.
Le site NML renferme également une section de ressources pédagogiques qui
puise à même ses collections numériques de livres. En voici les trois grandes
composantes : les plans de leçon, la section Exploration, commerce de la
fourrure et Compagnie de la Baie d'Hudson ainsi que la section Le Canada
en devenir. Cette dernière complète la base de données des publications
officielles de Canadiana.org et intègre du texte narratif avec des liens
vers ces publications officielles. Les thèmes sont au nombre de trois :
l'histoire de la Constitution; les Autochtones : traités et relations; les
pionniers et les immigrants.
Un projet coopératif spécial
Les Débats reconstitués fédéraux édités, publiés et numérisés sous les
auspices de la Bibliothèque du Parlement sont hébergés par Canadiana.org
dans la section de NML qui est accessible à tous 6.
Tout au long de ce projet, Canadiana.org a travaillé en étroite collaboration
avec la Bibliothèque du Parlement. De nombreux livres ont été empruntés
des collections historiques de la Bibliothèque et le personnel de la Bibliothèque
a généreusement offert son expertise à maintes reprises. En 2005, cette
collaboration avec la Bibliothèque s'est étendue à de nouveaux domaines
lorsque Canadiana.org est devenu l'heureuse récipiendaire des images numériques
des Débats reconstitués.
Comme il est expliqué en détail dans un article sur les Débats reconstitués7,
aucun compte rendu officiel des débats n'a été publié pendant les premières
années du Parlement canadien. La consignation officielle des débats n'a
été entreprise par le Sénat qu'en 1871 et par la Chambre des communes en
1875. Avant ces dates, la seule trace de ces délibérations qui reste à
la population canadienne se trouve dans les journaux de l'époque, qui consignaient
les débats officieusement et sous forme abrégée, colorée (et parfois déformée).
Depuis 40 ans, la Bibliothèque rassemble minutieusement ces débats en fusionnant
les comptes rendus tirés de divers journaux. Ce projet du centenaire a
pris naissance en 1967 avec l'aide rédactionnelle d'éminents Canadiens
(comme les historiens Peter B. Waite et David Farr, l'ex-bibliothécaire parlementaire
adjointe A. Pamela Hardisty et le politicologue Norman Ward). Neuf volumes
de débats manquants ont été révisés, traduits et publiés par la Bibliothèque.
C'est avec satisfaction que Canadiana.org a versé les éditions numériques
de ces débats (fournies généreusement par la Bibliothèque du Parlement)
dans la section accessible à tous de NML. En ce moment, cette collection
est constituée des Débats de la Chambre des communes (pour les années 1867-1868,
1869 et 1870) et des Débats du Sénat (pour les années 1867-1868, 1869, 1870
et 1871). Les Débats reconstitués d'autres années seront ajoutés à NML
à mesure qu'ils seront mis à la disposition de Canadiana.org8.
Le processus de production
Une des premières étapes de tout projet de Canadiana.org est la création
d'une base de données interne de tous les titres qui sont susceptibles
d'être candidats au scannage. Cette étape aboutit généralement à une énorme
bibliographie. Rassembler l'information descriptive sur les livres prend
beaucoup de temps. À preuve, deux étudiants d'université ont passé tout
un été à examiner la collection de publications officielles rétrospectives
à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), dépouillant l'énorme collection
rayon par rayon, livre par livre. (Son effectif et ses ressources étant
limités, Canadiana.org est reconnaissante aux programmes Placement carrière-été
et Jeunesse Canada au travail dans les établissements voués au patrimoine
pour leur apport substantiel à l'embauche d'étudiants été après été.)
Le choix des documents à numériser prend aussi du temps. La base de données
interne des publications officielles contient près de 40 000 titres. Cependant,
seule une petite partie de ces titres (peut-être 20 %) seront effectivement
retenus pour figurer dans la collection en ligne. Comme nous l'avons mentionné,
les titres sont choisis en fonction des critères établis par le comité
consultatif et le groupe de réflexion. Après la sélection des titres, l'étape
suivante consiste à trouver un exemplaire approprié pour scanner le livre.
Canadiana.org n'est pas une bibliothèque. Elle ne possède pas d'exemplaires
originaux des livres et doit donc compter sur la bonne volonté et la collaboration
des bibliothèques canadiennes pour lui prêter les livres à scanner.
Au fils des ans, Canadiana.org a emprunté des livres de plus de 200 bibliothèques
et autres organismes culturels du Canada ainsi que de quelques bibliothèques
des États-Unis. Cette coopération est vitale pour Canadiana.org et l'organisme
est tout particulièrement redevable à BAC, qui, dès le début, a généreusement
donné accès à ses collections. En fait, plus de 50 % des titres qui ont
été scannés pour le projet « Le Canada en devenir » proviennent des collections
de BAC. Canadiana.org est reconnaissante d'être hébergée à l'édifice de
BAC, au 395, rue Wellington, à Ottawa. Loger à proximité du matériel à
scanner permet de travailler plus efficacement.
Des livres ont aussi été empruntés en grande quantité de la Bibliothèque
du Parlement : plus de 2 000 titres ont, en effet, été scannés à partir de
ses collections. Les livres ne peuvent pas être tous prêtés par les bibliothèques
locales. De nombreux titres n'existent que dans des bibliothèques situées
à l'extérieur d'Ottawa. Le matériel a été généreusement prêté par des bibliothèques
législatives, universitaires et publiques situées partout au Canada, de
St. John's à Victoria. La liste des bibliothèques prêteuses figure à l'adresse
www.canadiana.org/icmh/lenders.html.
Un grand nombre de titres ont été particulièrement difficiles à trouver,
d'autant plus que Canadiana.org tente de trouver l'exemplaire le plus complet.
Il faut parfois examiner plusieurs exemplaires d'un même livre provenant
des quatre coins du pays, ce qui prend beaucoup de temps. À cette fin,
des chercheurs régionaux ont été engagés à St. John's, Halifax, Québec,
Montréal, Ottawa, Toronto, London et Vancouver/Victoria. Leur tâche consiste
essentiellement à « découvrir » de nouveaux titres, à aider à chercher l'exemplaire
le plus complet et à prendre des dispositions pour le prêt des ouvrages.
La plupart des bibliothèques n'ont pas l'habitude de fournir des descriptions
détaillées pour les publications en série, comme les statuts, les débats
et les journaux. Voilà pourquoi les chercheurs doivent se rendre à la bibliothèque
pour déterminer le fonds documentaire. De plus, si Canadiana.org est intéressée
à emprunter un ouvrage particulier d'une bibliothèque située à l'extérieur
d'Ottawa, le chercheur se rendra d'abord à l'institution et dépouillera
méticuleusement l'ouvrage pour s'assurer qu'aucune page ne manque ni n'est
très endommagée. C'est seulement si le livre est complet qu'il sera emprunté
(à moins qu'il s'agisse du meilleur exemplaire disponible). L'Annexe des
... Journaux de la Chambre d'assemblée de la province du Bas-Canada illustre
parfaitement à quel point il peut être difficile de retracer tous les exemplaires
complets d'une publication en série. Par exemple, 31 numéros de cette série
ont été publiés entre 1809 et 1837. Canadiana.org a examiné 73 exemplaires
différents de ces numéros dans 9 bibliothèques afin de trouver les exemplaires
les plus appropriés à la numérisation.
Une fois rapporté au siège de Canadiana.org, le livre est ensuite catalogué.
Le catalogage respecte les règles exposées dans Anglo American Cataloguing
Rules, 2nd edition (AACR2). Les publications anglaises et françaises sont
cataloguées dans la langue de publication originale. Après le catalogage,
on examine le livre page par page pour s'assurer qu'aucune ne manque, ni
n'a été déplacée ou endommagée. Si le livre est jugé impropre au scannage
(pour une des raisons ci-dessus), on cherche un autre exemplaire.
Une métadonnée est créée pour chaque titre et chaque numéro d'une publication
en série. (En gros, une métadonnée est une information sur de l'information.)
Canadiana.org s'en sert à des fins techniques, de description, de préservation
et d'administration. La création d'une métadonnée est une tâche très méticuleuse
qui suppose la saisie manuelle de renseignements sur chaque page du livre
dans l'ordinateur.
Scannage, nettoyage et relecture
Après le catalogage et la création des métadonnées, l'ouvrage est prêt
à être scanné. Après avoir, en premier lieu, imparti l'exécution des deux
principaux procédés techniques le scannage proprement dit et la transcription
numérique du texte (par lecture optique des caractères ou LOC), Canadiana.org
s'est réapproprié l'exécution de ces deux tâches. En 2001, le spécialiste
des systèmes électroniques de Canadiana.org, William Wuepplemann, a réussi,
à force d'innombrables essais, à mettre en place un système LOC interne
efficace à l'aide du logiciel Prime Recognition. (Les documents scannés
étant vieux et présentant souvent des caractères pâles ou inhabituels,
le taux d'exactitude des fichiers de texte LOC n'est pas parfait généralement
plus de 90 %, mais moins pour les livres aux caractères pâles ou contenant
les anciennes formes de lettres par exemple le f servait de s.) En 2004,
un scanner Zeutschel OS 10000 a été acheté et le personnel a commencé à
scanner des ouvrages à l'interne. Les images sont scannées à 400 dpi en
noir et blanc et sont emmagasinées dans des fichiers TIFF comprimés. Le
fait d'effectuer à l'interne la LOC et le scannage a permis à l'organisme
de mieux contrôler la qualité des images produites, d'améliorer le calendrier
de production et de réaliser des économies.
Le scannage n'est pas toujours un procédé simple. Même en utilisant un
scanneur haute gamme qui permet d'ajuster divers paramètres, il n'est pas
toujours possible de produire une image acceptable, surtout pour les pages
aux caractères pâlis. Quand c'est le cas, il arrive qu'on photographie
d'abord la page en question avec l'option de fonçage du texte puis qu'on
scanne à partir de la page photocopiée. Pour les premiers numéros des documents
parlementaires, il n'était pas inhabituel de photocopier des dizaines de
pages par volume. (Cette façon de faire était retenue en dernier recours
après qu'on avait vérifié si d'autres exemplaires offraient une meilleure
qualité d'impression.)
Après que le livre a été scanné, un employé inspecte les images scannées,
page par page, pour « nettoyer » le produit (redresser l'image au besoin,
enlever les tâches laissées par les particules de poussière, etc.). Ensuite,
un autre employé examine encore le livre page par page, cette fois pour
s'assurer qu'aucune page n'a été oubliée, répétée ou scannée dans le désordre.
L'assurance de la qualité requiert beaucoup de temps.
Une fois les images rendues disponibles sur NML, les chercheurs peuvent
y avoir accès de plusieurs façons par une recherche dans tout le texte
(le texte intégral ainsi que les métadonnées), par une recherche de l'auteur,
du titre, du sujet, de l'éditeur, etc., ou par navigation (auteur, titre,
sujet, éditeur, collection).
Il existe en ce moment près de 14 000 volumes (environ 2,2 millions de pages)
dans NML et la collection grandit à un rythme supérieur à 250 000 pages par
année. L'utilisation de NML continue d'augmenter considérablement d'année
en année. La consultation est passée de huit millions d'appels de fichier
la première année à plus de 46 millions en 2005, pour une moyenne de presque
27 000 pages par jour. (En novembre 2005, le site Web a fait l'objet de cinq
millions d'appels de fichier!)
Ce projet sur six ans est devenu un modèle de partenariat privé-public.
Des fonds ont été obtenus des sources suivantes : les abonnements à NML,
les dons de particuliers et de sociétés, des subventions gouvernementales
(surtout du programme Culture canadienne en ligne de Patrimoine canadien)
et la vente de microfiches. Bibliothèque et Archives Canada a aussi fourni
une aide en espèces appréciable9.
Autres projets de numérisation des publications officielles
Canadiana.org n'est, bien sûr, pas le seul organisme à faire de la numérisation
des grandes publications gouvernementales au Canada. L'ampleur des publications
gouvernementales déjà existantes et des nombreuses autres produites chaque
année est telle qu'il reste beaucoup à faire pour rendre cette documentation
plus facilement accessible et qu'il y a place pour une multitude d'acteurs
sur cette scène. Le site Web du Parlement du Canada (géré conjointement
par le Sénat et la Chambre des communes en collaboration avec la Bibliothèque
du Parlement) constitue une excellente source de documents législatifs
contemporains (www.parl.gc.ca/). On y trouve les journaux et les débats
des deux chambres ainsi que les projets de loi, les travaux des comités
et d'autres documents, de la 35e législature (1996) à aujourd'hui. Depuis
1998, la Gazette du Canada se trouve sur un site entretenu par la Direction
de la Gazette du Canada (qui fait partie de la Direction générale des services
d'information du gouvernement). On peut la consulter à l'adresse http://gazetteducanada.gc.ca/index-f.html.
Les lois et les règlements du Canada sont hébergées dans le site du ministère
de la Justice, à l'adresse http://lois.justice.gc.ca/fr/index.html. En
somme, la population canadienne a facilement accès à un grand nombre de
publications législatives fédérales contemporaines. Quant aux documents
parlementaires rétrospectifs, voici quelques projets entrepris par d'autres
organismes.
Bibliothèque et Archives Canada
En décembre 2004, Bibliothèque et Archives Canada a été invité à participer
à un projet pilote conjoint mené par l'Université de Toronto et Internet
Archive. Le projet visait à tester la numérisation de masse de volumes
reliés à l'aide d'un scanner robotique Kirtas10.
BAC et d'autres institutions de recherche participant au projet ont été
encouragés à présenter chacun jusqu'à 1 500 volumes de documentation. Dès
le départ, BAC souhaitait choisir plusieurs grandes publications gouvernementales
(ainsi que d'autres genres de documents). Cependant, les capacités du scanneur
posaient des limites puisque seuls les volumes reliés à couverture rigide,
en bonne condition et respectant certaines dimensions données pouvaient
être scannés. Soucieux du bien-être à long terme des livres, le personnel
de BAC a, par ailleurs, choisi de ne pas scanner les exemplaires extrêmement
rares des documents de la collection.
Au départ, BAC avait espéré numériser les documents des commissions royales
et certains mémoires en complément du rapport de la Commission Massey,
ouvrage pionnier que l'ancienne Bibliothèque nationale du Canada avait
déjà numérisé. Le projet a toutefois été vite écarté parce que bon nombre
des volumes étaient physiquement incompatibles avec le scanneur. Aux termes
de longues consultations, à l'interne, avec ses propres spécialistes, ainsi
qu'à l'externe, avec la Bibliothèque du Parlement et Canadiana.org, on
a choisi le journal officiel du gouvernement la Gazette du Canada. Elle
semblait être le candidat idéal en raison de son contenu (un favori auprès
des chercheurs) et de sa concordance physique aux paramètres du scanneur.
La Gazette des années 1867 à 1880 a été envoyée à l'Université de Toronto
(où le scanneur avait été installé). Malheureusement, les numéros n'ont
pas pu tous être scannés, car le procédé ne convenait pas aux volumes épais
et lourds. D'autres choix populaires, tels les volumes français et anglais
des Journaux de la Chambre des communes (1901-1954) et des Journaux du
Sénat (1901-1953), les Statuts révisés du Canada (1970) et les délibérations
et témoignages des comités (1901-1934) ont toutefois pu être numérisés
avec succès.
Cette participation au projet a permis à BAC d'acquérir, au nom de la population
canadienne, des exemplaires numériques de publications importantes, à relativement
peu de frais. Malgré quelques embûches et retards en cours de route, BAC
espère ajouter les exemplaires numériques à sa collection électronique
de Canadiana.
Le Law Library Microform Consortium (LLMC)
Le LLMC est un organisme américain sans but lucratif, très semblable à
Canadiana.org. Constitué en 1976 et installé à l'Université d'Hawaï, il
a pour mandat de préserver des titres juridiques et certains documents
gouvernementaux et d'en élargir l'accès. Tout comme Canadiana.org, le LLMC
a commencé en distribuant ses documents sur microfiches. En 2003, il est
toutefois passé, lui aussi, au numérique grâce au projet LLMC Digital.
Bien que le LLMC ait filmé ou numérisé d'autres types de publications gouvernementales
(par exemple, les journaux législatifs américains), le gros de sa collection
est constitué de documents juridiques : décisions et comptes rendus de tribunaux,
périodiques juridiques et lois. La collection, à contenu principalement
américain, contient aussi un nombre important de documents juridiques de
premier plan d'autres pays.
Pour ce qui est du Canada, LLMC Digital renfermera les lois antérieures
à la Confédération ainsi que les lois postérieures à celle-ci des gouvernements
fédéral, provinciaux et territoriaux. Voici d'autres titres déjà numérisés
ou devant l'être : Cameron's Supreme Court Cases, Canadian Law Times, Canadian
Criminal Cases Annotated, Dominion Law Reports ainsi que les recueils de
jurisprudence des provinces et bien d'autres monographies et publications
en série. La liste complète des titres canadiens devant être numérisés
figure à l'adresse www.llmc.com/canadian_collection.htm. La collection
est disponible sur abonnement seulement.
Regard vers l'avenir
En janvier 2006, Canadiana.org a signé une entente de trois ans avec le
Réseau canadien de documentation pour la recherche (RCDR), grâce à laquelle
46 bibliothèques universitaires et de recherche au Canada se sont vu concéder
une licence pour la base de données NML. Par cet accord, ainsi que les
contrats de licence conclus avec d'autres bibliothèques non universitaires,
85 % du budget d'exploitation de Canadiana.org provient maintenant des recettes
des abonnements. (Le reste provient de subventions, d'activités de financement
et de la vente de microfiches.) À la réunion stratégique de juin 2005 de
Canadiana.org, où les intervenants ont parlé de la viabilité et de l'avenir
de l'organisation, l'entente conclue avec le RCDR au sujet des licences
a été qualifiée par le président de Canadiana.org, John Teskey, d'heureux
événement. Il a ajouté qu'elle permettrait à Canadiana.org de continuer
à produire du nouveau contenu. La directrice exécutive, Magdalene Albert,
a, pour sa part, signalé que le partenariat entre Canadiana.org et le milieu
de la recherche a bénéficié de l'appui matériel considérable de Bibliothèque
et Archives Canada. Loin d'assurer la survie à long terme de Canadiana.org,
l'entente donne à l'organisme une bonne dose de stabilité au moment où
elle entreprend son autre grand projet au printemps de cette année, à savoir
la numérisation des périodiques canadiens antérieurs à 1920.
Malgré les difficultés nombreuses rencontrées au cours des six dernières
années, le projet « Notre mémoire en ligne » a été un succès. Un nombre inégalé
de publications gouvernementales anciennes ont été rendues facilement accessibles
aux chercheurs. L'utilisation de NML continue de croître considérablement
et la hausse des recettes d'abonnement permet à Canadiana.org de s'approcher
du seuil de viabilité totale. La numérisation lui a permis de continuer
à réaliser son mandat à l'égard du milieu de la recherche, tout en intégrant
le grand public dans sa clientèle. Le grand intérêt exprimé par les généalogistes,
les historiens amateurs et d'autres membres du grand public n'avait pas
été prévu. Pour souligner la réussite du projet « Le Canada en devenir »,
Canadiana.org organise avec ses partisans une fête qui aura lieu en juin.
Notes
1. Conseil des Arts du Canada, Groupe consultatif sur les bibliothèques
universitaires de recherche, Bibliothèques universitaires de recherche
: Rapport du Groupe consultatif sur les bibliothèques universitaires de
recherche, Ottawa, Conseil des Arts du Canada, 1978, p. 25.
2. Id., ibid., p. 26.
3. Bradd Burningham et Gilles Chiasson, « Atteindre l'équilibre : compte rendu
des résultats du projet de sondage sur la phase IV de l'ICMH », Fac-similé,
no 19 (mai 1988), p. 5.
4. Bertrum MacDonald, « La publication des livres : le rôle clé des gouvernements
et des organismes gouvernementaux », Fac-similé, no 19 (mai 1998), p. 13-18.
5. Pour un examen plus approfondi de la collection, rendez-vous à l'adresse :
www.canadiana.org/eco/francais/collection_govdocs.html
6. L'auteure tient à exprimer sa gratitude à Cynthia Hubbertz, chef, Développement
des collections, de la Bibliothèque du Parlement, pour avoir aidé à la
rédaction de la description des Débats reconstitués.
7. David Farr, « La reconstitution des premiers débats du Parlement du
Canada », Revue parlementaire canadienne, vol. 15, no 1 (printemps 1992).
8. Pour plus d'information sur ce projet, prière de consulter la page www.canadiana.org/eco/francais/collection_debats.html.
Les
Débats reconstitués de la Chambre des communes se trouvent à NML à cette
adresse :
http://www.canadiana.org/ECO/ItemRecord/9_08054?id=8ef59b70a86fa6ad.
Les Débats reconstitués du Sénat se trouvent à cette adresse :
http://www.canadiana.org/ECO/ItemRecord/9_08055?id=8ef59b70a86fa6ad.
9. La liste complète des partenaires et des abonnés se trouve à l'adresse
www.canadiana.org/eco/francais/partners.html.
10. L'auteure tient à remercier Pat MacDonald, chef, Section de la sélection
et de la recherche, de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), de lui avoir
fourni l'information sur le contexte du projet. Mme MacDonald a été responsable
de la coordination de la participation de BAC, surtout aux chapitres de
la sélection, de la description et de l'expédition des livres. L'auteure
remercie également Ian McDonald, spécialiste des documents officiels et
juridiques, de la Division de la référence et de la généalogie, de Bibliothèque
et Archives Canada.
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