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Kristen Douglas; Nancy Holmes
À l'automne 2004, le Comité permanent de l'accès à l'information, de la
protection des renseignements personnels et de l'éthique a commencé à entendre
des témoignages sur les budgets des trois hauts fonctionnaires du Parlement
qui relèvent de son mandat le commissaire à l'information, le commissaire
à la protection de la vie privée et le commissaire à l'éthique. Le mandat
du Comité prévoit notamment l'étude des questions relatives aux rapports
de ces trois commissaires (dans le cas du commissaire à l'éthique, principalement
au titre des responsabilités qui lui incombent aux termes de la Loi sur
le Parlement du Canada au chapitre des titulaires de charge publique) et
aux rapports déposés en application de la Loi sur l'enregistrement des
lobbyistes. Le mandat du Comité est défini à l'alinéa 108(3)h) du Règlement
de la Chambre des communes.
Dès ses premiers entretiens avec les commissaires, le Comité a été mis
au courant de certaines préoccupations partagées par le commissaire à l'information
et la commissaire à la protection de la vie privée au sujet du financement.
John Reid, commissaire à l'information, a dit que son bureau était en pleine
« crise financière ». Il a indiqué au Comité qu'il avait du mal à s'acquitter
de ses obligations législatives à cause d'un manque de ressources. Il a
fait remarquer que ses effectifs, y compris son personnel d'enquête, étaient
nettement insuffisants, et qu'il en découlait un retard croissant dans
le traitement des dossiers. De plus, son bureau a dû renoncer aux volets
affaires publiques, recherche, éducation et formation de son mandat. En
dépit de ses nombreux plaidoyers auprès du Conseil du Trésor, le Commissariat
n'a obtenu que des fonds d'urgence et un financement partiel1.
La commissaire à la protection de la vie privée, Jennifer Stoddart, a expliqué
que depuis l'adoption de la Loi sur la protection des renseignements personnels
et les documents électroniques (LPRPDE), elle compte sur deux sources de
revenus : d'une part, des crédits du Budget principal destinés à financer
les activités qui relèvent de la Loi sur la protection des renseignements
personnels et, d'autre part, des fonds pour lui permettre de remplir ses
responsabilités aux termes de la LPRPDE. Elle a dit craindre de ne pas
pouvoir concilier ces ressources de manière à répondre aux besoins financiers
du commissariat à long terme. Cette préoccupation se trouve au cSur de
négociations continues entre la commissaire et le Secrétariat du Conseil
du Trésor. Mme Stoddart a fait part au Comité de son intention de présenter
un mémoire sur le financement permanent à long terme au Secrétariat du
Conseil du Trésor en 2005. Pour la commissaire à la protection de la vie
privée, le problème n'est pas le manque de fonds, mais la nature du mécanisme
de financement2.
Les deux commissaires ont réclamé un nouveau mode de financement qui assurerait
leur indépendance du gouvernement. Leur rôle d'ombudsman, ou d'organisme
chargé de surveiller le rendement du gouvernement dans des domaines importants,
requiert un certain degré d'indépendance. Cet argument, qui a été réitéré
plusieurs fois au cours des audiences sur le mode de financement des hauts
fonctionnaires du Parlement, a fini par convaincre le Comité de présenter
un rapport et de recommander des changements. Il sera question plus loin
du rapport et des recommandations du Comité, ainsi que des réactions qu'ils
ont suscitées3.
Le Comité n'était pas le premier à se pencher sur la question du mode de
financement des hauts fonctionnaires du Parlement. Dans son rapport sur
l'affaire Radwanski4, présenté en juin 2003, le Comité permanent des opérations
gouvernementales et des prévisions budgétaires de la Chambre des communes
avait relevé la nécessité de soumettre à un examen exhaustif la structure
et les fonctions des postes de hauts fonctionnaires du Parlement, y compris
le mécanisme de reddition de comptes qui gouverne leurs rapports avec le
gouvernement et le Parlement5.
Ce comité avait recommandé qu'un comité de la Chambre des communes examine le
rôle et les fonctions des hauts fonctionnaires du Parlement, la question de leur
indépendance, le processus budgétaire et « d'autres éléments de leur reddition
de comptes au Parlement », et qu'il fasse rapport de ses conclusions.
Par ailleurs, les préoccupations suscitées par le financement des opérations
du Bureau du vérificateur général ainsi que d'autres questions connexes
ont incité le Comité permanent des comptes publics de la Chambre des communes
à se pencher, lui aussi, sur cette question6. Le Comité des comptes publics
avait alors indiqué qu'il était au courant de problèmes concernant le financement
du Bureau du vérificateur général depuis quatre ans. Dans son rapport,
le Comité a fait remarquer que les discussions entre la vérificatrice générale
et le Secrétariat du Conseil du Trésor au sujet d'un nouveau mode de financement
se sont prolongées bien au-delà de ce qui peut être considéré raisonnable.
Le Comité a recommandé « qu'un nouveau mécanisme de financement soit établi
pour le Bureau du vérificateur général avant la fin d'octobre 2005 de façon
à protéger l'indépendance du Bureau et à lui permettre de répondre aux
attentes du Parlement ».
Le Comité sénatorial permanent des finances nationales a également présenté
un rapport sur les hauts fonctionnaires du Parlement7. Après avoir examiné
les prévisions budgétaires de plusieurs hauts fonctionnaires du Parlement,
le Comité sénatorial a conclu que l'établissement du budget était une source
de préoccupation commune. Dans le contexte de ses audiences sur le budget,
le Comité sénatorial a rencontré le président du Conseil du Trésor, Reg Alcock.
Ce dernier a dit au Comité que le Conseil du Trésor prévoyait mettre à
l'essai des processus de rechange cette année en vue d'améliorer la situation.
Le Comité sénatorial a recommandé « que les parlementaires, par l'intermédiaire
des Présidents des deux Chambres et d'un comité administratif, participent
activement au processus d'établissement des budgets des hauts fonctionnaires
du Parlement avant leur présentation au Conseil du Trésor et leur intégration
au Budget des dépenses ».
Qui sont les hauts fonctionnaires du Parlement?
L'un des premiers points sur lesquels s'est penché le Comité de la Chambre
est la définition de « hauts fonctionnaires du Parlement ». Il s'agit d'un
terme utilisé dans divers contextes pour désigner différentes choses. Ce
n'est ni un terme technique, ni un terme défini dans le corpus législatif.
Pour les besoins de son rapport, le Comité a regroupé sous la définition
de « hauts fonctionnaires du Parlement » les trois commissaires qui relèvent
de son mandat, de même que le vérificateur général du Canada, le commissaire
aux langues officielles et le directeur général des élections.
La signification du terme s'est précisée en cours d'étude. Les hauts fonctionnaires
du Parlement relèvent directement du Parlement, plutôt que du gouvernement
fédéral ou d'un ministre. Cette particularité renforce leur besoin d'indépendance
à l'égard du gouvernement de l'heure. Ils assument des fonctions prescrites
par la loi et font rapport au Sénat ou à la Chambre des communes, ou aux
deux, généralement par l'entremise du président. La plupart du temps bien
que ce ne soit pas toujours le cas , la Chambre des communes et le Sénat
interviennent dans la nomination de ces hauts fonctionnaires8.
L'indépendance des hauts fonctionnaires est principalement garantie par
la présentation de rapports, des procédures de destitution, l'attribution
d'un mandat fixe et un contrôle général sur leurs opérations. Néanmoins,
certains soutiennent que le processus actuel d'établissement du budget
ne permet pas d'assurer l'indépendance et l'intégrité fonctionnelle de
ces postes. En effet, vu les structures de reddition de comptes et de rapport
auxquels ils sont soumis, la plupart des hauts fonctionnaires du Parlement
craignent que le mode de financement actuel ne soulève la possibilité d'un
conflit d'intérêts entre eux et le gouvernement ou, du moins, l'apparence
d'un conflit d'intérêts9. Par exemple, dans son témoignage, la vérificatrice
générale, Sheila Fraser, a répété plusieurs fois qu'elle ne manquait pas
d'argent, mais qu'elle croyait que ses bureaux devaient être soumis à un
examen budgétaire plus rigoureux et indépendant qui les rendrait plus responsables
envers le Parlement10.
Les fonctionnaires appelés « hauts fonctionnaires du Parlement » par le
Comité et la plupart des témoins qui ont participé à l'étude sont désignés
« agents » du Parlement au Bureau du Conseil privé et dans la fonction publique.
L'appellation d'« agent » met l'accent sur le fait qu'ils travaillent pour
le Parlement et qu'ils relèvent du Parlement. Cette appellation les distingue
aussi des autres fonctionnaires du Parlement, comme le président et le
greffier de chacune des Chambres, le sergent d'armes, le légiste et le
conseiller parlementaire. Tandis que ces derniers font partie du Parlement
et conseillent ce dernier sur des questions de procédure et d'administration,
les fonctionnaires qui nous intéressent assurent un rôle de surveillance
à l'égard du gouvernement et appuient le Parlement dans l'exécution de
sa fonction de reddition de comptes et d'examen.
D'autres organismes, comme la Commission canadienne des droits de la personne
et la Commission de la fonction publique, sont parfois assimilés à des
hauts fonctionnaires du Parlement en raison de leur indépendance et de
leur fonction de surveillance similaire. De plus, les nominations au sein
de certains de ces organismes doivent être confiées au Parlement ou ratifiées
par celui-ci. Le Comité n'a pas inclus ces organismes dans son étude.
Ce que le Comité a appris
Les hauts fonctionnaires du Parlement, du moins ceux qui réclament un nouveau
processus d'établissement du budget, ont affirmé qu'ils voulaient être
indépendants du gouvernement et relever davantage du Parlement. Ils jugent
inapproprié de devoir faire approuver leur budget par le gouvernement qu'ils
doivent surveiller. Ils souhaitent également que le processus d'établissement
du budget fasse intervenir davantage les parlementaires.
À l'heure actuelle, le commissariat à l'information et le commissariat
à la protection de la vie privée sont financés de la même manière que les
ministères. Ils soumettent leurs prévisions budgétaires annuelles au Secrétariat
du Conseil du Trésor. Les crédits approuvés par ces derniers sont ensuite
transmis à la Chambre des communes, puis au Comité pour être examinés.
Le commissaire à l'éthique, Bernard Shapiro, dont le poste a été créé il
y a moins d'un an, compte sur un mode de financement différent, qui lui
assure une plus grande indépendance par rapport au gouvernement.
Le mode de financement du commissaire à l'éthique est défini à l'article 72.04
de la Loi sur le Parlement du Canada et exclut expressément toute intervention
du Secrétariat du Conseil du Trésor dans l'établissement des propositions
budgétaires.
72.04(8). L'état estimatif est examiné par le président de la Chambre des
communes puis transmis au président du Conseil du Trésor, qui le dépose
devant la chambre avec les prévisions budgétaires du gouvernement pour
l'exercice.
Le mode de financement du Bureau du directeur général des élections diffère
aussi de celui des autres hauts fonctionnaires du Parlement. En effet,
il obtient la majeure partie de son financement en vertu d'une autorisation
législative, selon des paramètres définis très précisément dans la Loi
électorale du Canada. Seuls les salaires de ses employés permanents nécessitent
l'approbation de crédits annuels dans le cadre du processus d'examen des
prévisions budgétaires.
Contrairement à la plupart des autres hauts fonctionnaires du Parlement,
le directeur général des élections n'est pas un ombudsman. Il doit garantir
deux droits démocratiques fondamentaux : le droit de vote et le droit de
se porter candidat à une élection. Du fait de ce rôle exceptionnel, on
veille à préserver son indépendance de toute influence politique par divers
moyens, comme le mode de financement, mais surtout, la mise en place de
processus de nomination et de destitution.
Le professeur Craig Forcese, de l'Université d'Ottawa, et le professeur
Paul Thomas, de l'Université du Manitoba, ont également plaidé en faveur
d'un mode de financement plus indépendant pour les hauts fonctionnaires
du Parlement. Le professeur Forcese a soutenu que les pouvoirs quasi judiciaires
des commissaires11, comme celui de punir les outrages, requièrent, du point
de vue de la loi, qu'ils soient indépendants du gouvernement12. Le professeur Thomas
a, pour sa part, soutenu que le processus d'établissement des budgets des
hauts fonctionnaires du Parlement devait refléter la primauté de leurs
relations avec le Parlement. Il a averti que les commissariats ne devaient
pas être à l'abri de la conjoncture économique gouvernementale, mais, au
contraire, être tenus responsables « de la gestion économe, de l'efficience
et de l'efficacité de leurs dépenses »
13.
Modes de financement
Soucieux de concevoir un nouveau processus d'établissement du budget qui
soit plus indépendant du gouvernement, le Comité a étudié diverses propositions
soumises par les témoins. Le commissaire à l'information a préconisé un
processus parlementaire simple et transparent semblable à celui du commissaire
à l'éthique. Il a proposé que les budgets des hauts fonctionnaires du Parlement
soient étudiés par les présidents de la Chambre des communes et du Sénat.
Ceux-ci les transmettraient au président du Conseil du Trésor, pour qu'ils
soient déposés avec les prévisions budgétaires du gouvernement pour l'exercice
visé. De cette façon, les budgets ne seraient pas soumis à l'autorisation
du Secrétariat du Conseil du Trésor, ni à l'approbation du Conseil du Trésor.
Les fonctionnaires du Secrétariat du Conseil du Trésor craignent cependant
que ce modèle ne fasse pas suffisamment intervenir le gouvernement (point
pertinent, compte tenu de la responsabilité du gouvernement à l'égard de
la saine gestion des ressources publiques). Selon eux, il serait difficile
d'appliquer un processus aussi simple aux hauts fonctionnaires qui disposent
d'un vaste mandat et d'un budget important, comme le commissaire à la protection
de la vie privée et le vérificateur général. Les fonctionnaires du Secrétariat
du Conseil du Trésor ont donc proposé une version modifiée du modèle employé
pour le commissaire à l'éthique, selon lequel les propositions budgétaires
des hauts fonctionnaires du Parlement devraient franchir l'engrenage administratif
du Parlement (plus précisément, les mécanismes d'examen de régie interne
de la Chambre des communes et du Sénat). Ce modèle prévoit aussi la participation
des comités parlementaires compétents et du Secrétariat du Conseil du Trésor14.
Une autre option consisterait à combiner les budgets des hauts fonctionnaires
du Parlement dans une plus grande enveloppe parlementaire, un peu comme
le font la Chambre des communes, le Sénat et la Bibliothèque du Parlement.
La vérificatrice générale, qui réclame depuis longtemps un processus de
rechange pour l'établissement de son budget, a été en mesure de proposer
au Comité plusieurs modèles de financement, dont un qui s'inspire du National
Audit Office du Royaume-Uni. Dans ce pays, une commission créée par une
loi et formée de représentants de tous les partis examine les propositions
budgétaires du National Audit Office et présente au Parlement un rapport
contenant les modifications qu'elle juge indiquées. La commission des comptes
publics est formée du président du comité des comptes publics, du leader
à la Chambre des communes et de sept autres députés nommés par la Chambre.
Ces députés ne peuvent pas être des ministres. Les membres de la commission
demeurent en poste jusqu'à ce qu'ils décident de ne plus se présenter aux
élections, qu'ils soient défaits à une élection ou qu'ils soient remplacés
par un autre député. La commission se réunit habituellement deux fois par
année et doit obligatoirement consulter le comité des comptes publics et
le Trésor (l'équivalent du ministère des Finances canadien15).
Certaines variantes du modèle britannique ont aussi été proposées au Comité.
Par exemple, on a suggéré de créer un comité parlementaire spécial composé
de députés et de sénateurs de tous les partis. On a aussi suggéré de renvoyer
les propositions budgétaires des hauts fonctionnaires du Parlement à un
ou à plusieurs comités parlementaires, qui les examineraient et présenteraient
leurs conclusions au Conseil du Trésor. Les propositions budgétaires seraient
ensuite déposées au Parlement dans le cadre du processus budgétaire gouvernemental.
Pour sa part, la commissaire aux langues officielles favorise clairement
l'examen de son budget par les comités des langues officielles de la Chambre
des communes et du Sénat16.
La vérificatrice générale a proposé un autre modèle prévoyant l'établissement
d'un groupe d'experts chargé d'examiner et de critiquer les propositions
budgétaires des hauts fonctionnaires du Parlement. Le groupe d'experts
ferait rapport sur le montant et la nature du budget de chaque fonctionnaire
aux présidents de la Chambre et du Sénat ainsi qu'au président du Conseil
du Trésor. Les rapports seraient ensuite déposés au Parlement dans le cadre
du processus budgétaire. Comme pour le modèle employé pour le commissaire
à l'éthique, les propositions budgétaires ne seraient pas sujettes à l'autorisation
finale du Secrétariat du Conseil du Trésor ni à l'approbation du Conseil
du Trésor.
Enfin, le Comité a entendu parler d'une formule de financement pluriannuelle.
Plus précisément, le professeur Forcese a préconisé une formule de financement
viable à long terme, qui prévoit l'augmentation du financement sur une
période fixe (comme cinq ans), en fonction d'un point de repère objectif.
Les augmentations annuelles pourraient être déterminées en fonction de
critères objectifs spécifiques aux fonctions de chaque haut fonctionnaire
du Parlement (par exemple, le nombre de plaintes reçues par le commissaire
à l'information). Advenant que la formule soit inscrite dans une loi, les
critères de financement pourraient également y être précisés.
La principale lacune de cette formule de financement pluriannuelle a toutefois
été signalée au Comité par le professeur Thomas, qui a fait remarquer que
le choix du point de repère le plus approprié pour un tel modèle serait
nécessairement controversé et artificiel. L'intervention d'un organisme
(le Parlement, un groupe d'experts ou l'exécutif) serait quand même nécessaire
pour établir le niveau initial de financement. Par la suite, un mécanisme
arbitraire, mais automatique, fixerait le montant des hausses budgétaires.
Recommandations
Tous les membres du Comité ont convenu que le Parlement devait intervenir
davantage dans l'établissement des budgets et que les décisions relatives
à l'allocation des ressources devaient reposer sur l'analyse objective
d'experts. Le Comité a aussi convenu que le processus devait intégrer les
éléments du processus d'établissement et d'approbation des budgets employé
dans l'ensemble du gouvernement, qui garantissent la reddition de comptes
en matière de dépenses publiques. Étant donné l'expertise que possède déjà
le Secrétariat du Conseil du Trésor dans l'examen critique, l'analyse et
la formulation de recommandations relativement aux budgets des hauts fonctionnaires
du Parlement, le Comité estime qu'il devrait maintenir ce rôle dans le
nouveau mécanisme de financement qui sera adopté. Par ailleurs, le Comité
a reconnu que comme son étude s'est déroulée en même temps que des consultations
entre le Secrétariat du Conseil du Trésor et les hauts fonctionnaires du
Parlement, certains détails du nouveau mode de financement ne pouvaient
pas être précisés pour l'instant17.
Le Comité a donc recommandé que le mécanisme d'établissement des budgets
de tous les hauts fonctionnaires du Parlement18 prenne la forme d'un organisme
parlementaire permanent. Comme dans le modèle britannique, cet organisme
serait composé de députés et de sénateurs de tous les partis et comprendrait
un nombre égal de représentants du gouvernement et de l'opposition. Afin
de permettre la participation du Sénat à l'établissement des budgets des
hauts fonctionnaires qui relèvent des deux chambres du Parlement, les deux
présidents pourraient être membres d'office de l'organisme.
Les propositions budgétaires annuelles des hauts fonctionnaires du Parlement
seraient soumises directement à l'organisme parlementaire. Elles s'accompagneraient
d'un mémoire du Secrétariat du Conseil du Trésor établissant les paramètres
de chaque budget et fournissant une analyse, des critiques et des recommandations
relatives à la faisabilité des propositions budgétaires. Bien que le Comité
ait rejeté l'idée de former un groupe d'experts ou de recourir à des comités
parlementaires existants pour établir les budgets des hauts fonctionnaires
du Parlement, il a toutefois incorporé l'essence de ces suggestions en
recommandant que l'organisme parlementaire soit appuyé par les comités
parlementaires compétents et des experts possédant des connaissances approfondies
dans les sphères de fonctionnement des hauts fonctionnaires. Les recommandations
du nouvel organisme parlementaire seraient ensuite soumises à la Chambre
ou au Sénat, ou au deux, puis transmises au Conseil du Trésor en vue de
leur dépôt dans le cadre du processus budgétaire gouvernemental.
Pour éviter que la mise en Suvre de sa recommandation ne suscite des résistances,
le Comité a recommandé la tenue d'un projet pilote pour les exercices 2006-2007
et 2007-2008. Pour les besoins de ce projet, le Bureau de régie interne
de la Chambre des communes jouerait le rôle d'organisme parlementaire chargé
d'établir les budgets des hauts fonctionnaires qui relèvent de la Chambre
les commissaires à l'information, à la protection de la vie privée et
à l'éthique , qui seraient les premiers à participer au projet pilote. Cette
démarche fournirait également des indications sur la meilleure façon de
procéder pour mettre en place un mécanisme pouvant être appliqué par voie
législative à tous les hauts fonctionnaires du Parlement. À cette fin,
le Comité a recommandé de soumettre le projet pilote à un examen parlementaire
immédiatement après qu'il sera terminé.
Réactions
Le Comité a présenté son rapport pendant que le Secrétariat du Conseil
du Trésor consultait les hauts fonctionnaires du Parlement. D'après ce
qu'a laissé entendre le président du Conseil du Trésor, Reg Alcock, lors
de son passage devant le Comité sénatorial des finances, l'élaboration
du projet pilote est toujours en cours.
Lorsqu'elle a témoigné devant le Comité au sujet de ses prévisions budgétaires
pour 2005-2006, la commissaire à la protection de la vie privée, Jennifer
Stoddart, a félicité le Comité de son rapport et s'est dite disposée à
travailler avec lui à l'établissement d'un nouveau mécanisme de financement19.
En juin 2005, le Comité s'est entretenu avec le commissaire à l'information,
John Reid, au sujet de son rapport annuel pour l'exercice se terminant le
31 mars 2005 20. À cette occasion, le commissaire adjoint, Alan Leadbeater,
a indiqué que le commissaire à l'information appuyait fermement le rapport
du Comité, qui recommande d'assujettir les hauts fonctionnaires à des examens
rigoureux qui soient indépendants du gouvernement de l'heure. Il a laissé
entendre que le Secrétariat du Conseil du Trésor envisageait un projet
pilote qui serait compatible avec les recommandations du Comité, mais qui
pourrait viser tous les hauts fonctionnaires du Parlement.
Notes
1. Chambre des communes, Comité permanent de l'accès à l'information, séance
no 3, 3 novembre 2004.
2. Id., séance no
4, 17 novembre 2004.
3. Un nouveau mécanisme de financement pour les hauts fonctionnaires du
Parlement, mai 2005.
4. L'ancien commissaire à la vie privée, George Radwanski, a démissionné
en juin 2003 pendant une enquête sur sa gestion des finances et des ressources
humaines.
5. Étude relative au Bureau du commissaire à la vie privée, juin 2003.
6. Voir son septième rapport, daté de février 2005.
7. Comité sénatorial permanent des finances nationales, Troisième rapport
intérimaire sur le Budget principal des dépenses 2005-2006 : Hauts fonctionnaires
du Parlement, mai 2005.
8. Il importe de noter, toutefois, que le processus de nomination n'est
pas identique pour tous les hauts fonctionnaires du Parlement, malgré une
recommandation formulée en 2001 par le Comité spécial sur la modernisation
et l'amélioration de la procédure à la Chambre des communes visant à uniformiser
les processus de nomination.
9. Ni le commissaire à l'éthique, ni le directeur général des élections
ne se sont dits préoccupés par la possibilité d'un conflit d'intérêts.
10. Chambre des communes, Comité permanent de l'accès à l'information,
séance no
13, 24 février 2005.
11. Tous les hauts fonctionnaires du Parlement visés par l'étude du Comité,
sauf le directeur général des élections.
12. Chambre des communes, Comité permanent de l'accès à l'information,
séance no
14, 8 mars 2005.
13. Paul G. Thomas, Notes for Submission to House of Commons' Standing
Committee on Access to Information, Privacy and Ethics on the Topic of
Funding Mechanism for Officers of Parliament, 5 mars 2005, page 1.
14. Certaines provinces ont recours à un processus similaire.
15. L'une des principales réserves suscitées par le modèle britannique
découle du fait que le financement du contrôleur et vérificateur général
du Royaume-Uni provient directement du budget présenté devant la Chambre
des communes par la commission. Au Canada, cependant, le cadre constitutionnel
veut que ce soit la Couronne qui prenne l'initiative des dépenses et que
le rôle du Parlement se limite à approuver, à rejeter ou à réduire les
dépenses proposées. Par conséquent, il faudrait modifier le modèle britannique
en exigeant, par exemple, que les prévisions budgétaires soient présentées
au Conseil du Trésor en vue d'être déposées dans le cadre du processus
budgétaire gouvernemental.
16. Chambre des communes, Comité permanent de l'accès à l'information,
séance no
11, 15 février 2005.
17. Par exemple, le Comité préférait consulter le Sénat avant de définir
le rôle de ce dernier au sein du nouvel organisme chargé d'établir les
budgets, surtout que le Comité sénatorial des finances n'avait pas encore
présenté son rapport sur les hauts fonctionnaires du Parlement.
18. Les commissaires à l'information, à la protection de la vie privée,
à l'éthique et aux langues officielles, le vérificateur général et le directeur
général des élections.
19. Chambre des communes, Comité permanent de l'accès à l'information,
séance no
26, 31 mai 2005.
20. Id., séance no
32, 21 juin 2005.
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