Presque partout, nous avons été accueillis par une population désireuse
de montrer au monde que l'Ukraine pouvait tenir une élection juste et transparente
et d'être perçue comme une société démocratique et indépendante. Pour les
observations, nous avons travaillé en groupes de deux avec l'appui d'un
chauffeur et d'un interprète.
À Noël, nous avons visité les bureaux de scrutin afin de vérifier si les
lieux étaient appropriés et accessibles, ainsi que l'état de préparation
de l'élection. À 20 h, nous avons constaté que les bulletins de vote avaient
été mis sous clef dans des coffres-forts, que les listes électorales avaient
été révisées en bonne et due forme et placées en sûreté. Comme il était
huit heures plus tôt qu'en Saskatchewan, nous avons pu appeler nos familles
et les assurer que nous serions de retour pour le Nouvel An et le Noël
ukrainien.
Les bureaux de scrutin en Ukraine sont dirigés par une commission électorale
de secteur (CES) composée d'un nombre égal de représentants des deux candidats,
jusqu'à un maximum de 16. Deux personnes, le chef et le secrétaire, représentant
chacun l'un des deux candidats, occupent la tête de la CES.
La surveillance du jour de l'élection, qui comprenait la prise de notes
et de photographies du processus électoral, a commencé à 7 h 15, le 26 décembre.
Nous sommes arrivés à un secteur électoral pour observer les commissaires
sortir les bulletins de vote et les listes électorales du coffre-fort,
compter les bulletins, sceller les boîtes, donner les dernières consignes
et ouvrir les portes des bureaux de scrutin à 8 h.
Deux par deux, les membres de la commission ont distribué les bulletins
de vote. Pour chaque bulletin, on a rayé de la liste le nom de l'électeur,
et un membre de la commission et l'électeur en ont signé la partie détachable.
L'électeur s'est rendu dans une cabine individuelle, comme au Canada, et
y a déposé son bulletin dans une boîte transparente et scellée. Un observateur
local a tenu le compte de chaque bulletin déposé dans la boîte. Le processus
de vote auquel j'ai assisté était bien organisé et s'est déroulé dans l'ordre.
D'un bureau de scrutin à l'autre, nous avons observé un taux de participation
constant, sans précipitation de dernière minute avant l'heure de fermeture
à 20 h. Un pourcentage de participation d'environ 77 % représente un taux
enviable selon les normes canadiennes.
La loi ukrainienne prévoit des boîtes mobiles pour les gens incapables
de marcher ou de se rendre aux bureaux de scrutin, car la plupart de ceux-ci
ne sont pas accessibles en fauteuils roulants. Pour voter de cette façon,
les personnes handicapées doivent s'enregistrer à l'avance.
Deux membres de la commission, représentant chacun un candidat et accompagnés
d'observateurs, sont allés à la résidence des électeurs préenregistrés
avec une boîte de scrutin mobile. Environ 40 bulletins sur un total de
2 000 ont été ainsi remplis dans le secteur que je surveillais.
L'accès au mode de scrutin mobile constitue un enjeu politique en ce moment.
Après le premier scrutin de ballottage, on a modifié la loi électorale
ukrainienne de manière à restreindre ce mode de scrutin mobile aux personnes
les plus gravement handicapées afin de réduire les abus, car on prétendait
qu'un trop grand nombre de personnes s'en prévalaient. Les opposants au
changement affirment que la nouvelle loi empêche un grand nombre d'électeurs
de se prévaloir de leur droit de vote.
À la dernière minute, la Cour suprême a décidé d'assouplir légèrement les
exigences d'admissibilité à l'accès au vote mobile.
À la fermeture des bureaux de scrutin, les commissaires ont d'abord traité
les plaintes qu'on leur avait déposées. Ensuite, ils ont fait le compte
du nombre total de bulletins, comparé ce chiffre au nombre d'électeurs
inscrits sur la liste et aux parties détachables des bulletins. Ensemble,
le président et le secrétaire de la commission ont examiné tous les bulletins
et les ont placés en quatre piles : une pour le candidat A, une pour le
candidat B, une pour aucun des candidats et une pour les bulletins de vote
annulés.
Dans cette circonscription, le comptage a duré quatre heures. Une fois
les résultats connus, les 16 membres de la commission ont rempli et signé
un rapport. Ce rapport, accompagné des bulletins de vote scellés dans des
boîtes, a été remis à la commission électorale territoriale (CET), qui
a revérifié le compte et a renvoyé trois de la centaine de rapports des
commissaires pour corrections techniques. Même si le comptage des votes
et la compilation des résultats ont duré toute la nuit et, dans certains
cas, jusqu'au lendemain matin, les commissions électorales ont pris grand
soin de fournir des données exactes et de faire preuve de transparence.
Grâce à la loi électorale révisée, à son application minutieuse et à la
présence d'observateurs internationaux, cette nouvelle élection a pu se
dérouler dans l'intégrité.
Mes observations personnelles concordent avec celles du très honorable
John Turner (dirigeant officiel du Corps canadien), à savoir que la reprise
de l'élection présidentielle en Ukraine s'est déroulée équitablement et
librement et que les complications observées sont attribuables à l'erreur
humaine et comparables à celles que l'on peut retrouver ici au Canada.
Les Ukrainiens tenaient à montrer au monde entier qu'ils étaient capables
de mener une élection dans les règles. La présence de Canadiens, de Russes,
de représentants de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe), d'Américains et d'observateurs ukrainiens partisans a probablement
contribué à éviter la falsification des résultats de l'élection.
Je suis d'avis que la mission du Corps canadien a non seulement aidé l'Ukraine
à instaurer la démocratie, mais a aussi permis de réorienter la politique
étrangère canadienne vers des activités louables. Dans le cadre de cette
mission, le rôle du Canada s'est précisé en tant que nation désireuse d'aider
les autres pays à développer des communautés pacifiques et démocratiques.
Le président nouvellement élu peut véritablement affirmer qu'il a reçu
le mandat de gouverner. Les attentes des électeurs sont grandes : ils veulent
une gouvernance juste et transparente. En 1991, l'Ukraine a enclenché un
processus d'indépendance. En 2004, les Ukrainiens ont emprunté la voie
les menant à la démocratie.
En réfléchissant à mon expérience, je me souviens des objectifs de l'Association
parlementaire du Commonwealth, composée de législateurs élus provenant
de tout le Commonwealth. L'APC a pour mission de faire la promotion et
le développement de processus et d'institutions démocratiques. L'APC a
aidé de nombreux pays en développement à élaborer des coutumes et des institutions
démocratiques. En tant que membre de l'APC depuis longtemps, j'ai le sentiment
du devoir accompli et je suis honoré d'avoir pris part à cette mission
d'observation de l'élection en Ukraine.