Les efforts visant l'intégration des pays anglophones des Caraïbes remontent
à l'éphémère Fédération des Antilles britanniques (regroupant 10 membres)
créée en 1958. En dépit de projets pour établir une union douanière, la
Fédération n'a pas accordé beaucoup d'attention aux aspects économiques.
Par conséquent, aucun changement fondamental n'a été apporté aux relations
économiques entre les États membres.
À la suite de l'effondrement de la Fédération en 1962, la coopération s'est
poursuivie par l'entremise de la conférence des services communs et d'autres
projets conjoints, comme le Service météorologique des Caraïbes, établi
en 1963. Un événement encore plus important a été la proposition de Trinité-et-Tobago
d'instaurer une Communauté des Caraïbes formée des membres de la Fédération
en plus des Guyanes et de toutes les îles des Caraïbes. Afin de discuter
du concept, la Barbade, la Guyane britannique, la Jamaïque et Trinité-et-Tobago
ont tenu la première Conférence des chefs de gouvernement en 1963.
Le mouvement d'intégration a rapidement pris de l'ampleur par la suite.
Entre juillet et décembre 1965, trois pays des Caraïbes ont établi, après
discussion, l'Association de libre-échange des Caraïbes (CARIFTA), mais
en ont retardé le début des activités pour permettre à plusieurs autres
pays de se joindre à eux. L'accord de la CARIFTA est entré en vigueur en
mai 1968 et comptait quatre États membres. En mai 1971, pas moins de douze
États avaient signé l'accord CARIFTA, dont les objectifs étaient les suivants :
L'accord comportait des dispositions relatives à des questions économiques
et commerciales, comme les droits d'exportation, les restrictions quantitatives,
les règles d'origine, les pratiques commerciales restrictives et le détournement
des courants commerciaux, de même que des modalités particulières pour
certains membres aux prises avec des problèmes spéciaux en matière de développement.
À l'époque, la vision des dirigeants des Caraïbes allait au-delà d'une
association de libre-échange. Les chefs de gouvernement ont convenu que
la CARIFTA constituerait la première étape de la région vers l'établissement
du Marché commun des Caraïbes, moyen par lequel une communauté économique
viable deviendrait réalité. En conséquence, avant la fin de 1972, les dirigeants
des Caraïbes ont pris la décision d'établir la Communauté des Caraïbes
et de transformer la CARIFTA en un marché commun, partie intégrante et
fondamentale de la Communauté.
Le Traité de Chaguaramas a créé la Communauté des Caraïbes et le Marché
commun des Caraïbes le 1er août 1973. Au départ, seuls quatre pays ont
signé le Traité, à savoir la Barbade, le Guyana, la Jamaïque et Trinité-et-Tobago,
mais, par la suite, huit autres pays des Caraïbes se sont joints à la CARICOM.
Les Bahamas, qui sont devenues le treizième membre de la Communauté en
1983, avaient choisi de ne pas se joindre au Marché commun. En 1991, la
CARICOM a accueilli ses premiers membres associés, soit les îles Vierges
britanniques et les îles Turks et Caicos, puis Anguilla en 1999, les îles
Caïmans en 2002 et les Bermudes en 2003. Le Suriname a été le premier pays
non membre du Commonwealth à se joindre à la Communauté en 1995, suivi
d'Haïti en 20021.
Le premier objectif énoncé dans le Traité de Chaguaramas concerne l'intégration
économique des États membres par l'établissement du Marché commun, dont
les buts sont les suivants :
-
le renforcement, la coordination et la réglementation des relations économiques
et commerciales entre les États membres afin de promouvoir leur développement
rapide, harmonieux et équilibré;
-
l'expansion soutenue et l'intégration continue des activités économiques,
dont les avantages doivent être partagés équitablement en tenant compte
de la nécessité d'offrir des occasions spéciales aux pays moins développés;
-
la réalisation d'une plus grande indépendance économique et d'une efficacité
accrue des États membres dans leurs relations avec des États, des groupes
d'États et des entités de toute nature.
La viabilité économique ne constituait plus le seul dessein de l'intégration.
En effet, le Traité contenait également des dispositions visant la coopération
fonctionnelle sur les plans suivants : l'organisation efficace d'activités
et de services communs utiles aux populations de la Communauté; la promotion
d'une meilleure compréhension entre ses populations et la promotion de
leur développement social, culturel et technologique; des activités dans
des secteurs comme la santé, l'éducation et la formation, la culture, la
situation des femmes dans la société des Caraïbes, l'administration du
travail, les relations industrielles et la sécurité sociale.
Ainsi, pour la première fois depuis le début du mouvement d'intégration,
les aspirations et le bien-être des populations de la région représentaient
un facteur suffisamment important pour justifier qu'on s'y arrête intrinsèquement
et n'étaient pas simplement un sous-produit du développement économique.
La création des institutions de la Communauté était conforme à cette nouvelle
orientation, comme le prévoyait le Traité, et comprenait une Conférence
des ministres responsables de la santé ainsi que des comités permanents
de ministres responsables de l'éducation et du travail.
En juillet 1989, les chefs de gouvernement ont terminé leur réunion en
adoptant la Déclaration de Grande Anse, qui énonçait plusieurs objectifs
que la région devait atteindre en préparant ses populations au XXIe siècle,
notamment l'établissement, dans les plus brefs délais, d'un marché et d'une
économie uniques pour la Communauté des Caraïbes. À Grande Anse, les chefs
de gouvernement ont reconnu que l'avenir de la région ne dépendait pas
seulement du développement économique et ils ont placé la population au
cSur du processus de développement.
Les dirigeants ont mis sur pied la Commission indépendante des Antilles,
formée de personnalités éminentes des Antilles et chargée de mener des
consultations auprès de dirigeants, d'enseignants, d'écrivains, d'intellectuels,
d'artistes créateurs, d'hommes d'affaires, de sportifs, de syndiqués, d'organismes
religieux et d'autres organismes communautaires, alors que la Communauté
se préparait à relever les défis du XXIe siècle. Le rapport de la Commission,
intitulé Time for Action, est riche en idées nouvelles pour favoriser l'atteinte
des objectifs de la Communauté.
Nouvelles structures de gouvernance
Lors de la Déclaration de Grande Anse, les chefs de gouvernement ont aussi
convenu de créer l'Assemblée des parlementaires des Caraïbes (APC). Conçue
par l'ancien premier ministre de la Barbade, Erskine Sandiford, l'Assemblée
a été organisée comme un parlement régional qui fait connaître les désirs
des masses. Conformément à l'accord de 1994 établissant l'Assemblée, les
États membres de la Communauté peuvent élire ou nommer jusqu'à quatre représentants
de leur parlement à l'APC et chaque membre associé peut en élire ou en
nommer deux.
-
Conformément à l'accord, l'APC mène les activités suivantes :
-
faire participer la population de la Communauté au processus de consolidation
et de renforcement de la CARICOM;
-
donner aux États membres et aux membres associés de la CARICOM l'occasion
de s'occuper des questions liées au processus d'intégration;
-
offrir aux gens de la Communauté une tribune où des représentants de leur
parlement peuvent présenter leurs points de vue;
-
offrir un mécanisme permettant une surveillance plus fréquente de l'application
des politiques de la Communauté;
-
accroître les possibilités de coordination des politiques étrangères des
États membres;
-
promouvoir une meilleure compréhension entre les États membres et les membres
associés, afin de mettre en place et de protéger les idéaux et les principes
de gouvernement démocratique dans la Communauté et de favoriser le développement
économique et social de ses populations;
-
encourager l'adoption, par les gouvernements des États membres, d'une politique
commune sur les questions économiques, sociales, culturelles, scientifiques
et juridiques dont délibère l'Assemblée.
L'Assemblée des parlementaires des Caraïbes peut discuter de toute question
soulevée par la Conférence des chefs de gouvernement, le Conseil de la
Communauté et toute institution ou institution associée de la Communauté.
Elle peut également présenter des recommandations à diverses institutions
de la Communauté et adopter des résolutions sur tout problème ou toute
question découlant du Traité. Elle ne peut toutefois adopter de résolutions
sur des questions qui relèvent de la compétence d'un État membre.
La première séance de l'APC s'est tenue à la Barbade, en mai 1996. Depuis,
deux autres séances ont eu lieu, soit l'une à la Grenade, en octobre 1999,
et l'autre au Belize, en novembre 2000.
Telle qu'elle a été adoptée, l'APC ne répondait pas à la recommandation
présentée dans le rapport de la Commission. Les commissaires avaient envisagé
l'établissement d'une Assemblée populaire de la CARICOM au sein de laquelle
les parlementaires auraient dû élire des parlementaires et des non-parlementaires.
Ainsi, la population aurait participé pleinement au processus de prise
de décisions.
Des changements à l'APC sont à l'étude actuellement. À cet égard, un sous-groupe
technique sur l'APC a été mis sur pied en 2003. Il a pour mandat d'examiner
le fonctionnement de l'APC et de recommander les éventuels changements
qui permettraient d'accroître l'efficacité du processus parlementaire régional
et qui contribueraient ainsi à promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance
dans le contexte d'un régionalisme en évolution.
L'APC n'est pas la seule nouvelle structure de gouvernance qui a suivi
le Traité de Grande Anse. Il y a également eu l'élaboration et l'institutionnalisation
des relations entre les gouvernements et la société civile dans la région
au moyen de l'adoption d'une Charte de la société civile en février 1997.
La Commission des Antilles, préoccupée par le mécontentement décelable
à l'égard de la gouvernance dans la région, avait recommandé avec insistance
que la CARICOM adopte une telle charte et, ce faisant, élève au rang de
principes directeurs plusieurs questions qui ne dépendaient pas du développement
économique, mais faisaient plutôt partie de l'éthos national. Les commissaires
ont soutenu que la CARICOM avait besoin d'amarres normatives et qu'ils
avaient trouvé une aspiration à donner à la Communauté une qualité des
valeurs dépassant les simples dispositions d'intégration, en fait des normes
par lesquelles ces dispositions peuvent être évaluées et auxquelles elles
doivent se conformer. Selon eux, la Charte pouvait devenir la conscience
de la Communauté, ce qui était nécessaire pour se gagner la loyauté de
la population de la CARICOM.
La Charte traite d'un large éventail de questions se rattachant aux relations
entre les partenaires sociaux, à savoir les gouvernements d'un État, les
associations d'employeurs, les syndicats et les organisations non gouvernementales
reconnues par un État. Conformément à leurs obligations découlant de la
Charte, certains gouvernements de la région ont établi des mécanismes de
consultation. Pour leur part, les ONG de la Communauté ont accompli des
progrès remarquables en vue de participer pleinement au processus de prise
de décisions. Au cours des dix dernières années plus particulièrement,
la Communauté a assisté à l'établissement de relations de collaboration
entre les gouvernements et l'Association de l'industrie et du commerce
des Caraïbes, le Congrès du travail des Caraïbes et le Centre de développement
des politiques des Caraïbes. Cette collaboration vise à faire en sorte
que les intérêts de ces organisations soient pris en compte au moment de
l'élaboration et de l'application des politiques régionales.
En février 2002, une rencontre marquante, intitulée Forward Together, a
eu lieu entre quelque 150 représentants de la société civile, 11 chefs
de gouvernement et des représentants des institutions régionales des milieux
financier et universitaire, de la main-d'Suvre et de l'élaboration de politiques.
La Déclaration de Liliendaal, publiée à l'issue de la rencontre, a consolidé
les relations entre les divers intervenants de la Communauté. La Déclaration
reflète l'entente des participants sur les questions suivantes :
-
la société civile a un rôle vital à jouer dans l'élaboration des politiques
régionales et sociales, l'application des programmes et des cadres actuels
et leur modification s'il y a lieu, de même que la création de nouveaux
secteurs au besoin;
-
l'établissement de mécanismes favorisant le maintien du dialogue entre
la Conférence des chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes et
la société civile est un moyen essentiel de compléter les programmes pertinents,
afin d'assurer la reconstruction sociale, la cohésion, la paix, la réduction
de la pauvreté et l'équité qui favoriseraient l'intégration régionale et
assureraient la viabilité économique de la Communauté.
Le parlement et la population dans une communauté en évolution
Les MEUC, établis conformément au Traité révisé de Chaguaramas, symbolisent
l'engagement de la région envers une intégration économique accrue. Première
mesure adoptée par la Communauté afin de relever les défis que pose l'évolution
de l'économie internationale, le marché unique se caractérise par la suppression
des obstacles à la circulation des personnes et des biens, l'accès simplifié
et non discriminatoire des citoyens aux ressources collectives de la région,
la promotion de la concurrence internationale, le développement industriel
et agricole et la fourniture de services particuliers de soutien aux pays,
aux régions et aux secteurs défavorisés.
Compte tenu des exigences des réalités économiques mondiales d'aujourd'hui,
le Traité révisé modifie et augmente les objectifs économiques énoncés
dans le Traité de Chaguaramas. Également significatif, le Traité révisé
met concurremment l'accent sur la promotion de la coopération fonctionnelle
au moyen d'une accélération et d'une intensification des activités énoncées
dans le Traité initial.
Manifestement, en atteignant les objectifs économiques établis dans le
Traité, les États membres entendent miser sur les réalisations de la Communauté
sur le plan des relations avec les intervenants non gouvernementaux et
sur ses structures de gouvernance améliorées. Dans le préambule du Traité
révisé, les États membres affirment leur détermination à accroître l'efficacité
des processus de prise de décisions et de mise en Suvre de la Communauté,
à restructurer les organes et les institutions de la Communauté et du marché
commun, et à redéfinir leurs relations fonctionnelles de manière à favoriser
la participation de la population et, plus particulièrement, des partenaires
sociaux au mouvement d'intégration.
Les États membres de la CARICOM ont fixé à décembre 2005 la date à laquelle
le marché et l'économie uniques seront mis en Suvre intégralement.
Les MEUC évolueront dans un seul espace social, mais il est impossible
de déterminer pour l'instant toutes les répercussions des rapports qui
en découleront parmi les personnes, les entreprises, les cultures, les
politiques, les perceptions et les intérêts. Ce qui est immédiatement clair
toutefois, c'est que les pressions qui s'exerceront sur les institutions
et les systèmes sociaux et politiques obligeront la population de la Communauté
à faire partie intégrante des processus d'élaboration et de mise en Suvre
des politiques nationales et régionales qui relevaient auparavant des gouvernements.
Par le fait même, les gouvernement seront au fait des intérêts et des perspectives
qui étayent les actions de la population de la Communauté.
Contrairement à la Communauté européenne, la CARICOM ne possède pas de
parlement régional doté de pouvoirs supranationaux. Par conséquent, les
dispositions du Traité, de même que les décisions prises par la Conférence
des chefs de gouvernement, doivent avoir force légale en vertu des lois
nationales de chaque État membre. En tant que plus haute instance législative,
le parlement de chaque État membre de la CARICOM a donc joué un rôle décisif
dans le processus d'intégration en adoptant des mesures législatives pour
rendre le Traité exécutoire. Sans elles, le marché unique ne pourrait jamais
être fonctionnel.
Cette démarche s'est révélée un formidable défi pour les États membres,
en raison surtout de la pénurie des ressources humaines nécessaires. Consciente
du manque de rédacteurs législatifs dans la région et souhaitant assurer
l'édiction de la législation qui mettrait en Suvre le Traité révisé et
les Décisions des chefs de gouvernement, la CARICOM a créé un Centre de
rédaction législative. Ce centre examine à fond les secteurs nécessitant
l'adoption ou la modification de lois et rédige des projets de loi types
qui sont d'abord soumis à l'étude d'un comité de conseillers parlementaires
principaux qui délibère sur les projets de loi et les modifie au besoin
avant de les envoyer au Comité des affaires juridiques (CAJ). Après que
le CAJ a approuvé un projet de loi, celui-ci est remis à chacun des États
membres pour toute autre modification qu'un État juge nécessaire. Cette
étape est suivie de la procédure d'usage relative à l'édiction des lois
nationales.
Le CAJ est l'un des deux organismes de la Communauté qui ont été établis
aux termes de l'article 18 du Traité révisé. Il se compose du ministre
des Affaires juridiques ou du procureur général, ou de l'un et de l'autre,
de chaque État membre. Il lui incombe de fournir aux organes et aux organismes
de la Communauté, sur demande ou de sa propre initiative, des conseils
sur les traités, les questions juridiques de portée internationale, l'harmonisation
des lois de la Communauté et d'autres questions juridiques.
Le Traité révisé exigera la modification de nombreuses lois existantes,
de même que la production de nouvelles lois et de nouveaux règlements concernant
la libre circulation des biens et des personnes, les droits d'établissement,
la concurrence, la propriété intellectuelle et d'autres questions commerciales
et connexes. De plus, il faut des lois pour donner effet à des institutions
comme la Cour de justice des Caraïbes, la Commission de la concurrence
régionale et l'Accréditeur régional. Si, à la suite du processus d'examen
en cours, la Charte de la société civile devenait un instrument ayant force
obligatoire, il faudrait également adopter les mesures législatives à cet
égard.
À mesure que les relations entre les différents États et entre les États,
les groupes d'intérêts et les particuliers se complexifient, les parlements
doivent faire preuve de la souplesse nécessaire pour favoriser une mobilisation
de qualité parmi les partenaires sociaux et pour partager les pouvoirs.
Les parlements des États membres remplissent, en outre, une fonction budgétaire
cruciale dans le cadre du processus régional. Les États membres sont tenus
de verser à la CARICOM des contributions financières, établies selon une
formule approuvée, pour assumer les frais de fonctionnement de la Communauté.
La Conférence des chefs de gouvernement détient le pouvoir final de décision
en ce qui concerne les affaires financières de la Communauté, tandis que
le Conseil de la Communauté, qui est formé des ministres responsables des
affaires de la Communauté ou de tout autre ministre désigné, examine et
approuve le budget de la Communauté. Les contributions des États membres
sont affectées aux budgets nationaux et elles peuvent donc être étudiées
et approuvées par les parlements nationaux au moment où ils débattent du
budget annuel
Le rapport de la Fondation du Commonwealth intitulé Maximizing Civil Society
Contribution to Democracy and Development: Report from the Caribbean Consultation
(Sainte-Lucie, 18-19 juin 2003), indique que les ONG de la CARICOM estiment
que la participation populaire au processus de prise de décisions constitue
un droit et non un privilège. Du côté du gouvernement, au moins un premier
ministre croit qu'un nouveau partenariat pourrait naître de l'application
des politiques de développement sectoriel énoncées au quatrième chapitre
du Traité révisé.
L'intégration régionale comporte inévitablement l'abandon d'une partie
de l'identité nationale à mesure que la Communauté prend forme. C'est l'un
des principaux défis que doivent relever les États membres, comme en témoignent
les débats animés soulevés par des questions telles que la libre circulation
des personnes. Pour autant que le parlement facilite la tenue de vastes
consultations et, ce faisant, veille à la diffusion de renseignements corrects
et utiles dans le contexte national, il devrait être possible de surmonter
la résistance initiale au changement.
Habituellement, les pays sont représentés par leur gouvernement dans les
forums internationaux. La situation est essentiellement la même en ce qui
a trait aux divers organismes qui forment la Communauté. Pour que les pays
profitent au maximum du processus d'intégration régionale et que la CARICOM
obtienne la participation optimale des États membres à l'élaboration et
à l'application des politiques de la Communauté et aux instruments législatifs
approuvés pour la région, il faut d'abord et avant tout transformer les
relations intraparlementaires.
Au sein des parlements fondés sur des systèmes bipartites ou multipartites,
l'approche traditionnelle entourant la prise de décisions comporte le genre
de conflits qui découle de la notion selon laquelle la bipolarité ou la
multipolarité est une conséquence inévitable du système. En conséquence,
la dissension constitue la norme parlementaire et les débats ont fréquemment
pour fondement la défense des intérêts d'un parti, mais pas nécessairement
celle des intérêts du pays. Les partis d'opposition ne sont généralement
pas considérés comme faisant partie intégrante du processus de décision;
leurs points de vue et, par le fait même, celui de leurs électeurs, ne
sont pas pris en compte au moment d'adopter des positions et des stratégies
nationales. En fait, l'établissement des priorités et des stratégies se
déroule habituellement au sein du Cabinet et non du Parlement, et les partis
d'opposition prennent connaissance des décisions du gouvernement au pouvoir
par l'entremise des médias ou lorsque des projets de loi sont déposés devant
le Parlement. Le débat « national » prend la forme de déclarations accusatoires
et parfois ouvertement hostiles au sujet des projets de loi qui sont déposés.
Sur le plan régional, la valeur de la contribution de l'opposition a déjà
été reconnue. Dans le Consensus de Chaguaramas, les chefs de gouvernement
de la CARICOM ont convenu que, dans le même esprit qui a animé l'échange
libre et varié d'idées qui ont motivé la conférence Forward Together, les
partis d'opposition devaient être des partenaires dans le cadre des consultations
du processus d'intégration régionale. Récemment, un premier ministre a
souligné l'importance de la participation de l'opposition au processus
d'intégration et précisé qu'il était nécessaire que la région en fasse
une réalité. Le défi que doit relever la CARICOM consiste à déterminer
le moyen le plus efficace d'obtenir cette participation.
La formation du Quasi Cabinet de la Communauté au début de 2000, à la suite
du Consensus de Chaguaramas, a donné aux partis d'opposition l'occasion
de déployer plus efficacement les ressources dont ils disposaient au moment
de s'engager dans le processus de direction. Au sein du Quasi Cabinet,
chaque chef de gouvernement s'est vu confier la responsabilité d'un « portefeuille »
particulier (négociations externes, marché et économie uniques, services,
justice et gouvernance, etc.) et doit surveiller l'évolution de son secteur
sur la scène nationale, régionale et internationale, chapeauter l'élaboration
de stratégies et de politiques régionales adéquates, et présenter régulièrement
à la Communauté des rapports sur des questions se rattachant à son portefeuille.
Même s'ils ne peuvent pas toujours être au fait de tous les aspects des
questions régionales, les partis d'opposition ont désormais la possibilité
de connaître à fond au moins un secteur important et de suivre de près
la contribution de leur gouvernement à cet égard.
Les critiques adressées aux gouvernements ne dispensent pas les partis
d'opposition de la responsabilité de s'informer et de se sensibiliser au
sujet des questions actuelles d'intérêt national et régional, ni de celle
d'utiliser le plus efficacement possible leurs capacités financières et
humaines en tant que participants. Les partis d'opposition doivent avoir
un intérêt manifeste pour ces questions, élaborer de leur propre initiative
des stratégies et des solutions de rechange, et insister pour diffuser
de l'information et promouvoir la participation populaire qu'ils réclament.
Ils doivent voir leur rôle comme une partie intégrante de la direction
de leur pays et transcender les prises de position opportunistes visant
à discréditer les gouvernements.
Il faut souligner que les gouvernements continuent de prendre la décision
finale sur ce qui est préférable pour le pays dans des circonstances particulières.
Il faut mettre un terme au climat qui résulte de l'exclusion des partis
d'opposition des consultations et des débats qui précèdent l'adoption de
positions de principe et de stratégies, à l'approche tape-à-l'Sil relative
à la diffusion de l'information et au rejet des interventions des partis
d'opposition aux débats parlementaires. On accuse de nombreux gouvernements
de ne pas respecter les principes de transparence et de responsabilité
lorsqu'ils s'acquittent de la gestion du pays. Les citoyens ne font pas
confiance à leurs gouvernements et doutent de leur intégrité. Un gouvernement
qui exclut la participation des partis d'opposition, des citoyens et des
organisations non gouvernementales fera naître la méfiance, nuira gravement
à l'établissement de positions vraiment nationales et perpétuera l'adoption
de lois et de politiques restreintes, insatisfaisantes et inadéquates.
Il est essentiel de favoriser la convergence et la confluence afin de supplanter
la polarité antédiluvienne de nos parlements et donner lieu à une véritable
représentation des populations de la Communauté des Caraïbes.
Notes
1. Actuellement, les membres de la CARICOM sont les suivants : Antigua-et-Barbuda,
les Bahamas, la Barbade, le Belize, la Dominique, la Grenade, le Guyana,
Haïti, la Jamaïque, Montserrat, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines,
le Suriname et Trinité-et-Tobago. Les membres associés sont : Anguilla,
les Bermudes, les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans et les îles
Turks et Caicos. La participation aux activités de la Communauté ne se
limite toutefois pas aux États membres et aux membres associés. Des pays
de la grande région des Caraïbes et de l'Amérique latine, comme Cuba, Curaçao,
les Antilles néerlandaises et Porto Rico, ont participé, en tant qu'observateurs,
aux réunions de certains organismes et institutions de la Communauté, notamment
le Comité permanent de l'agriculture et le Conseil du développement humain
et social.