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MNA
Michel Bissonnet
Les négociations d'accords commerciaux internationaux, et plus particulièrement
les négociations devant mener à la création de la Zone de libre-échange
des Amériques interpellent plus que jamais les parlementaires. C'est article
examine comment la Confédération parlementaire des Amériques vise à permettre
à tous les parlementaires du continent de se concerter sur le processus
d'intégration hémisphérique.
On se souviendra en effet que la Confédération parlementaire des Amériques
(COPA) est née en réponse au premier Sommet des chefs d'État et de gouvernement
des Amériques, tenu à Miami en 1994. Rappelons que c'est à cette occasion
qu'a été présenté le projet de créer une Zone de libre-échange des Amériques
(ZLEA), pour 2005 et de relancer la coopération interaméricaine sur de
nouvelles bases.
La perspective de la mise en place de la ZLEA et la réalisation des plans
d'action des Sommets sont à l'origine d'un processus d'intégration qui
a des impacts économiques, politiques, sociaux, environnementaux et culturels.
Or ce processus concerne directement les parlementaires en tant que législateurs
et représentants des populations.
La COPA est ainsi officiellement lancée en septembre 1997 alors que 400
parlementaires de 28 pays des Amériques se réunissent à Québec. Étaient
du nombre plusieurs représentants des deux chambres du parlement canadien,
des provinces canadiennes et de deux territoires. Les parlementaires se
sont alors entendus sur la nécessité de créer un forum qui soit représentatif,
autonome et pluraliste, leur permettant de partager leurs points de vue
et de réfléchir au sujet des moyens d'action qui s'offrent à eux pour faire
face aux nouvelles réalités hémisphériques. Depuis, la COPA a tenu quatre
autres assemblées générales, a mis sur pied des commissions thématiques
permanentes ainsi qu'un réseau de femmes parlementaires.
De manière à donner voix au chapitre à l'ensemble des parlementaires des
Amériques, la COPA, tout comme l'Association parlementaire du Commonwealth
(APC) et l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), regroupe à
la fois des parlements d'États unitaires, fédéraux et fédérés. Outre cette
particularité, la COPA permet la participation des parlements régionaux,
tel le Parlement andin, ainsi que des organisations interparlementaires
des Amériques, telle la National Conference of State Legislatures (NCSL)
des États-Unis.
Il ne fait aucun doute que les parlementaires doivent davantage être impliqués
dans le processus de négociation de la ZLEA. En associant les parlementaires
au processus d'intégration économique, ce dernier gagne en transparence
et en légitimité, ce qui permet d'atténuer le « déficit démocratique » souvent
lié aux négociations commerciales internationales. D'ailleurs, de nombreux
parlementaires des quatre coins des Amériques, de par leur formation et
leurs fonctions professionnelles antérieures, de même que par leurs années
de travail au sein de commissions parlementaires ainsi qu'au sein d'organisations
interparlementaires internationales, sont aptes à assumer de telles responsabilités.
Dans la mesure où les accords de libre-échange ont des incidences dans
des domaines de compétences réservés aux États fédérés, les raisons mises
de l'avant pour promouvoir la participation des parlementaires dans les
négociations commerciales ne font pas uniquement appel à l'implication
des parlementaires nationaux ou fédéraux. En ce sens, la COPA représente
le forum approprié qui permet également aux parlementaires des États fédérés
de faire valoir leur point de vue sur les négociations commerciales internationales.
L'impact potentiel de la ZLEA sur les populations des Amériques et sur
la capacité des parlementaires à légiférer dans leurs domaines de compétence
respectifs préoccupe les membres de la COPA depuis sa création. Au fil
des années, ceux-ci ont posé un certain nombre d'actions visant à faire
en sorte qu'ils puissent jouer un rôle constructif dans les négociations
entourant la création de cet accord commercial.
Ainsi, lors de la réunion du Comité exécutif de la COPA, tenue à Québec
en avril 2001, en marge du 3e
Sommet des Amériques, les parlementaires
se sont engagés à participer davantage au processus des Sommets, et plus
particulièrement, aux négociations de la ZLEA, et à prendre les mesures
nécessaires pour informer et consulter leurs populations au sujet des enjeux
de la ZLEA.
En novembre 2001, la COPA s'est dotée d'une structure pour étudier les
différents aspects du projet d'intégration économique en mettant en place
six commissions thématiques permanentes, dont la Commission de l'économie,
du commerce, du travail et des blocs commerciaux. Celle-ci s'est réunie
au mois d'août 2003 à Quito en Équateur, et les participants ont adopté
une recommandation enjoignant la COPA à préparer, à l'intention des parlements,
une stratégie de présence et de participation active aux forums internationaux
de négociation de la ZLEA.
Lors de la 5e Assemblée générale, tenue à Caracas en novembre 2003, les
modalités de cette participation ont été définies. Ainsi, par le biais
d'une résolution, les parlementaires de la COPA ont exprimé leur volonté
d'être associés directement au processus de négociation de la ZLEA, en
souhaitant une participation aux travaux du Comité tripartite, l'organisme
de consultation composé de l'Organisation des États américains (OEA), de
la Banque interaméricaine de développement (BID) et de la Commission économique
des Nations unies pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC).
Dès le 4 février 2004, lors d'une réunion de la COPA à Puebla au Mexique,
les parlementaires ont pu établir des contacts avec le Comité des négociations
commerciales (CNC) de la ZLEA qui se réunissait au même moment, notamment
en rencontrant des négociateurs afin de leur faire part de leurs préoccupations.
À cela, il faut ajouter les thèmes liés à la ZLEA qui ont été abordés dans
chacune des assemblées générales et lors des travaux des commissions thématiques
permanentes. Par exemple, lors des travaux de la dernière Assemblée générale
de la COPA à Caracas en novembre 2003, les parlementaires se sont penchés
sur l'impact de la ZLEA sur les systèmes publics d'éducation et de santé,
sur la paix et la sécurité publique ainsi que sur l'environnement. Les
travaux du Réseau des femmes parlementaires des Amériques ont conduit,
entre autres, à l'adoption d'une recommandation portant sur l'impact de
la future Zone de libre-échange des Amériques sur les femmes. Dans cette
recommandation, les femmes parlementaires conviennent notamment de faire
la promotion de la participation active des femmes dans les sphères du
pouvoir politique et économique afin d'assurer une meilleure représentation
de leurs préoccupations et de refléter ces préoccupations dans les processus
de négociation de la ZLEA.
La question de la ZLEA est donc au centre des activités de la COPA depuis
ses tout débuts. Les parlementaires ont un rôle à jouer dans le processus
d'intégration et les gouvernements gagnent à tenir compte de leurs opinions
ou de leur volonté légitime d'y participer. À cet égard, d'autres processus
d'intégration économique ont démontré l'importance d'intégrer les parlementaires.
L'exemple européen est le plus évident : le commissaire au Commerce de l'Union
européenne a l'obligation de comparaître plusieurs fois au cours d'une
année devant des membres du Parlement européen pour répondre à leurs questions
ainsi que pour prendre connaissance de leurs opinions et de leurs attentes.
On peut également évoquer le cas du Mercosur1: la Commission parlementaire
conjointe du Mercosur est l'un des organes de consultation prévus dans
le traité constitutif de ce processus d'intégration sud-américain. Enfin,
comment passer sous silence les démarches qui ont été entreprises par le
Parlement européen et l'Union interparlementaire (UIP), depuis 2001, pour
doter l'Organisation mondiale du commerce (OMC) d'une « dimension parlementaire »?
J'invite les parlementaires canadiens à participer en grand nombre aux
travaux de la COPA afin de poursuivre le travail déjà entrepris avec nos
collègues parlementaires de toutes les Amériques et afin de revendiquer
notre rôle qui est celui de veiller aux intérêts de nos concitoyens devant
le processus d'intégration économique hémisphérique.
Notes
1. Le Marché Commun sud (connu sous son acronyme espagnol : Mercosur) réunit
l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. Le Chili et la Bolivie
sont des membres associés du Mercosur depuis 1996.
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